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<channel><title>La mine d'or de Beaujarret</title>
<link>http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/</link>
<description><![CDATA[[imgfiftiz=22890-1213283538702.jpeg]  

[size=18][color=darkred]Depuis plusieurs années, je surfe sur le Net et j'ai pris l'habitude de recueillir les articles qui m'ont intéressé. Autant que possible, je les ai sourcés mais quelques-uns peuvent, par omission, ne pas l'être, veuillez m'excuser. J'ai placé ces articles dans des catégories dont le nom peut quelquefois être ambigü.

J'ai fait ce travail pour que les curieux comme moi partagent mes passions. N'hésitez pas à me laisser un commentaire si vous estimez qu'un article ou une photo n'a rien à faire dans ce blog, si vous pouvez m'indiquer son auteur ou si un complément d'information serait judicieux.[/color][/size]]]></description>
<language>fr</language>
<pubDate>Tue, 16 Mar 2010 01:26:34 +0100</pubDate>
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<item><title>Le tissage de la laine</title>
<pubDate>Wed, 03 Mar 2010 22:54:00 +0100</pubDate>
<description><![CDATA[<p style="text-align: justify">
	Depuis les premiers Gaulois et jusqu&#39;au XIIe si&egrave;cle, le tissage de la laine n&#39;a cess&eacute; de progresser en France. L&#39;industrie nationale s&#39;est organis&eacute;e en diff&eacute;rents centres de fabrication dans les provinces de Picardie (Cambrai, Amiens, Beauvais), de Champagne, de Bourgogne, Ile-de-France, de Normandie (Caen, Rouen) et du Languedoc. En Flandre, les villes comme Arras, Bruges, Lille, Valenciennes et Douai ont d&eacute;j&agrave; acquis leur renomm&eacute;e. La production de chaque r&eacute;gion se reconna&icirc;t &agrave; la qualit&eacute; de son tissage et &agrave; la couleur de sa teinture : le vert de Douai, le noir de Rouen ou l&#39;&eacute;carlate du nord sont quelques-unes des teintes les plus estim&eacute;es. <br />
	<br />
	Au XIIIe si&egrave;cle, les lainages en vogue proviennent des manufactures du nord. Le camelin oriental (fin et souple tissage de laine de chameau), &eacute;galement tr&egrave;s pris&eacute;, est rapidement imit&eacute; en Occident. Par ailleurs, on utilise des lainages l&eacute;gers, dont certains sont import&eacute;s d&#39;Italie : des tamines (&eacute;toffe non crois&eacute;e et peu serr&eacute;e, servant &agrave; la confection des chemises), des serges (fin tissage crois&eacute;), des tiretaines ( &eacute;toffe grossi&egrave;re ou de prix, tiss&eacute;e avec une cha&icirc;ne de filou de coton), et des droguets (sorte de drap peu &eacute;pais, tout laine ou demi-laine, demi-fil). <br />
	<br />
	Les draps sont unis ou ray&eacute;s de bandes horizontales aux couleurs bigarr&eacute;es. Le perfectionnement des techniques de tissage permet la confection de nouveaux tissus. Ceux-ci sont &quot;eschiquet&eacute;s &quot;, c&#39;est-&agrave;-dire divis&eacute;s en petits carreaux de diff&eacute;rentes couleurs, ou marbr&eacute;s ou bien chin&eacute;s. <br />
	<br />
	Jusqu&#39;au XIIe si&egrave;cle, l&#39;usage de la soie dans le costume fran&ccedil;ais est issu du commerce pratiqu&eacute; avec l&#39;Orient. Les Croisades font d&eacute;couvrir de nouvelles soieries, dont la richesse, l&#39;&eacute;clat des coloris et l&#39;ornementation, alli&eacute;s &agrave; leur finesse, s&eacute;duisent les Europ&eacute;ens. Par leur interm&eacute;diaire, ces somptueux tissus sont introduits en Occident o&ugrave; ils connaissent un immense succ&egrave;s aupr&egrave;s des classes favoris&eacute;es, avides de luxe. D&egrave;s lors, les rapports commerciaux avec l&#39;Orient s&#39;amplifient, diffusant le cendal, soie ressemblant &agrave; notre taffetas actuel, particuli&egrave;rement r&eacute;pandue dans une teinte rouge ; la paile, soie broch&eacute;e provenant d&#39;Alexandrie, import&eacute;e en grande quantit&eacute; d&egrave;s le XIIe si&egrave;cle ; le siglaton, brocart d&#39;or fabriqu&eacute; dans tout l&#39;Orient pour les v&ecirc;tements de tr&egrave;s grand luxe ; l&#39;osterin, drap de soie teint en pourpre ; et le samit, &eacute;toffe d&#39;origine byzantine, proche du cendal en plus &eacute;pais et plus riche. A partir du XIIIe si&egrave;cle, la soie commence &agrave; &ecirc;tre fabriqu&eacute;e en Italie, &agrave; G&egrave;nes, Sienne, Lucques et Venise, villes produisant essentiellement des imitations orientales. La France poss&egrave;de aussi ses propres manufactures, o&ugrave; se travaille la soie gr&egrave;ge import&eacute;e par les marchands italiens. Ainsi, des motifs occidentaux, religieux ou profanes se substituent &agrave; l&#39;ornementation des pays orientaux. <br />
	<br />
	Un trafic commercial de fourrures en provenance d&#39;Asie, s&#39;est d&eacute;velopp&eacute; en parall&egrave;le avec celui de la soie, lorsque les Crois&eacute;s d&eacute;couvrent les pelleteries asiatiques. Et malgr&eacute; leur chert&eacute;, l&#39;importation de fourrures pr&eacute;cieuses augmente consid&eacute;rablement : fourrures d&#39;ours, de zibeline et de martre, dont raffole la noblesse. On les appr&eacute;cie tout particuli&egrave;rement teintes en rouge ou en vermeil, ou bien m&eacute;lang&eacute;es et combin&eacute;es entre elles. Cette vogue se prolonge aux XIIIe et XIVe si&egrave;cles en d&eacute;pit de prix tr&egrave;s &eacute;lev&eacute;s, puis de l&#39;instauration de lois somptuaires visant &agrave; r&eacute;duire leur consommation. Tout au long du Moyen Age, les fourrures servent presqu&#39;exclusivement de bordure aux manches et aux encolures ou comme doublure aux v&ecirc;tements de dessus. Les pelleteries entrent aussi dans le costume des personnes moins fortun&eacute;es qui se contentent de produits locaux tels que le li&egrave;vre, le renard, le chien, l&#39;&eacute;cureuil et le petit-gris, d&#39;o&ugrave; vient le vair . <br />
	<br />
	Depuis l&#39;Antiquit&eacute;, le lin se tisse en des &eacute;toffes plus ou moins fines, g&eacute;n&eacute;ralement blanches. On trouve le coutil, grosse toile &agrave; trame serr&eacute;e, appliqu&eacute;e &agrave; la confection de v&ecirc;tements de dessus ou comme doublure ; le cainsil, fine toile utilis&eacute;e pour les chemises, les tuniques, les braies ; et le couvre-chef, tissu l&eacute;ger pouvant &ecirc;tre tr&egrave;s transparent, servant essentiellement &agrave; la fabrication de coiffes. <br />
	<br />
	Employ&eacute; depuis les premiers si&egrave;cles de notre &egrave;re, le coton commence par &ecirc;tre import&eacute; d&#39;Egypte ou d&#39;Inde avant d&#39;&ecirc;tre cultiv&eacute;, puis travaill&eacute; en Italie &agrave; partir du XIIe si&egrave;cle. Il est alors utilis&eacute; &agrave; l&#39;&eacute;tat d&#39;ouate, de filou de tissu. La production fran&ccedil;aise de cotonnades semble remonter au XIIIe si&egrave;cle. Du Xe au XIVe si&egrave;cle sont utilis&eacute;s l&#39;auqueto simple toile de coton qui donnera son nom &agrave; un v&ecirc;tement la futaine, &eacute;toffe mi-fil, mi-coton, et le mollequin, sorte de mousseline de coton servant aux voiles et couvre-chef f&eacute;minins.<br />
	&nbsp;</p>]]></description>
<link>http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/11160,le-tissage-de-la-laine.html</link>
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</item><item><title>Les couleurs au Moyen Âge</title>
<pubDate>Wed, 03 Mar 2010 19:35:00 +0100</pubDate>
<description><![CDATA[<p style="text-align: justify">
	<br />
	C&rsquo;est au Moyen &Acirc;ge que le bleu est peu &agrave; peu devenu, &agrave; partir du XIIe si&egrave;cle, la couleur embl&eacute;matique de l&rsquo;Occident chr&eacute;tien. Couleur de deuil &eacute;claircie, &eacute;gay&eacute;e, elle est devenue celle de la Vierge. Suger puis saint Bernard, par l&rsquo;influence qu&rsquo;ils eurent sur le roi en firent peu &agrave; peu, sur un terrain cependant favorable, la couleur royale ; associ&eacute;e au lys, lui aussi marial. Les couleurs ont au Moyen &Acirc;ge, une valeur ; participant de la lumi&egrave;re elles sont aussi une &eacute;manation de Dieu. <br />
	<br />
	Certains th&eacute;ologiens s&rsquo;en m&eacute;fient toutefois, car elles repr&eacute;sentent pour eux le c&ocirc;t&eacute; dangereux, s&eacute;duisant, inutile et vain de la beaut&eacute;. Saint Bernard associera les couleurs &agrave; la beaut&eacute; f&eacute;minine, et sera hostile &agrave; leur pr&eacute;sence sur les v&ecirc;tements des moines. Une couleur trop riche d&eacute;tourne le fid&egrave;le et constitue un obstacle &agrave; sa pi&eacute;t&eacute;. Ainsi la relative rigueur de nos costumes contemporains provient-elle du De vestitu (Du V&ecirc;tement) de Melanchthon, et des consid&eacute;rations de Calvin, Luther et Zwingli sur l&rsquo;immoralit&eacute; des teintes chaudes ou trop claires. <br />
	<br />
	Avant, les couleurs principales &eacute;taient le rouge, le noir et le blanc. Le bleu s&rsquo;int&eacute;grera petit &agrave; petit &agrave; ces trois p&ocirc;les, amenant avec lui le vert, le jaune&hellip; et r&eacute;volutionnera un ordre de couleurs existant depuis la protohistoire. <br />
	<br />
	La couleur bleue existait avant le Moyen &Acirc;ge, mais sans nom particulier, ne comptant pas. Les termes latins ne suffisaient pas &agrave; la d&eacute;finir, ni &agrave; la conceptualiser, ainsi, les Romains ignoraient cette couleur ou la tenaient pour insignifiante. <br />
	<br />
	L&rsquo;&eacute;mergence du bleu, au cours du XIIIe si&egrave;cle est surtout due &agrave; la possibilit&eacute; nouvelle de teinter efficacement et durablement les tissus en un bleu plus vif que jusqu&rsquo;alors. Le rouge, qui &eacute;tait plus facile &agrave; obtenir, sera alors s&eacute;rieusement concurrenc&eacute;. Ainsi tout au long du XIIIe si&egrave;cle le rouge sera peu &agrave; peu remplac&eacute; par le bleu dans les v&ecirc;tements aristocratiques. Ce n&rsquo;est cependant pas seulement la couleur qui fait le rang social : roi et paysans peuvent tous deux porter du bleu, c&rsquo;est l&rsquo;&eacute;clat du v&ecirc;tement qui fera son prix. Une belle couleur &eacute;tant une couleur franche, presque satur&eacute;e. <br />
	<br />
	La couleur sert cependant &agrave; classer, distinguer ou d&eacute;signer (les ordres monastiques sont ainsi d&eacute;sign&eacute;s par la couleur de leur robe). Dans certaines r&eacute;gions, les exclus sont tenus de porter certaines couleurs qui vont les distinguer ; d&rsquo;autres couleurs leur &eacute;tant interdites. <br />
	<br />
	Par leur valeur et leur symbolique propre les couleurs seront aussi associ&eacute;es aux caract&egrave;res, la mode faisant et d&eacute;faisant les vogues. Ainsi le jaune qui, tr&egrave;s recherch&eacute; dans l&rsquo;Antiquit&eacute;, est d&eacute;sormais l&rsquo;avant derni&egrave;re de nos couleurs pr&eacute;f&eacute;r&eacute;es. Au Moyen Age il repr&eacute;sente la couleur de la fausset&eacute; et de la trahison (Judas est ainsi toujours repr&eacute;sent&eacute; v&ecirc;tu de jaune, la barbe et les cheveux roux). L&rsquo;or, tr&egrave;s souvent utilis&eacute; &agrave; partir du XIIe si&egrave;cle, sera consid&eacute;r&eacute; comme le bon jaune. Quant au vert, s&rsquo;il est associ&eacute; au jaune, il sera lui aussi la couleur du d&eacute;sordre et de la folie. <br />
	<br />
	D&rsquo;autres teintes assumant le r&ocirc;le de mauvaises couleurs, le noir s&rsquo;en trouvera moins d&eacute;valoris&eacute;. D&rsquo;un noir terne et inqui&eacute;tant des t&eacute;n&egrave;bres, on passe au bon noir de la temp&eacute;rance et de la modestie. Le XVe si&egrave;cle devint partout le si&egrave;cle du noir, l &rsquo;association du noir au deuil &eacute;tant un ph&eacute;nom&egrave;ne plut&ocirc;t r&eacute;cent. <br />
	<br />
	<strong>La symbolique des couleurs <br />
	<br />
	Argent</strong> (blanc) <br />
	Vertus ou qualit&eacute;s : puret&eacute;, chastet&eacute;, justice, esp&eacute;rance, &eacute;t&eacute;rnit&eacute; <br />
	Vices ou p&eacute;ch&eacute;s : mort, d&eacute;sespoir, ambigu&iuml;t&eacute; <br />
	<br />
	<strong>Or</strong> (jaune) <br />
	Vertus ou qualit&eacute;s : richesse, noblesse, foi <br />
	Vices ou p&eacute;ch&eacute;s : avarice, fausset&eacute;, f&eacute;lonie, trahison, paresse, envie <br />
	<br />
	<strong>Gueules</strong> (rouge) <br />
	Vertus ou qualit&eacute;s : force, courage, largesse, charit&eacute; <br />
	Vices ou p&eacute;ch&eacute;s : orgueil, cruaut&eacute;, col&egrave;re <br />
	<br />
	<strong>Azur</strong> (bleu) <br />
	Vertus ou qualit&eacute;s : loyaut&eacute; justice, sagesse, science, fermet&eacute;, amour fid&egrave;le <br />
	Vices ou p&eacute;ch&eacute;s : sottise, roture, b&acirc;tardise <br />
	<br />
	<strong>Sable</strong> (noir) <br />
	Vertus ou qualit&eacute;s : humilit&eacute;, patience, temp&eacute;rance, p&eacute;nitence <br />
	Vices ou p&eacute;ch&eacute;s : deuil, d&eacute;sespoir, mort <br />
	<br />
	<strong>Sinople</strong> (vert) <br />
	Vertus ou qualit&eacute;s : beaut&eacute;, jeunesse, vigueur <br />
	Vices ou p&eacute;ch&eacute;s : d&eacute;sordre, folie, amour infid&egrave;le, avarice<br />
	&nbsp;</p>]]></description>
<link>http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/11157,les-couleurs-au-moyen-age.html</link>
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</item><item><title>Le sceau, image de la société médiévale</title>
<pubDate>Wed, 03 Mar 2010 08:56:00 +0100</pubDate>
<description><![CDATA[<p style="text-align: justify">
	<span style="background-color: #ffff00">Sceau du Comte de Toulouse</span></p>
<p style="text-align: justify">
	<br />
	<strong>Quelques informations sur l&#39;usage des sceaux (h&eacute;raldiques) au Moyen Age trouv&eacute;es sur le site de La Soci&eacute;t&eacute; fran&ccedil;aise d&#39;h&eacute;raldique et de sigillographie </strong><br />
	<br />
	H&eacute;rit&eacute; de l&rsquo;Antiquit&eacute;, le sceau conna&icirc;t au Moyen &Acirc;ge un essor consid&eacute;rable qui touche l&rsquo;ensemble de la soci&eacute;t&eacute;, depuis les empereurs et les rois jusqu&rsquo;aux paysans. Signe d&rsquo;identit&eacute;, le sceau engage son titulaire lorsque celui-ci l&rsquo;appose au bas d&rsquo;un document. Il est &laquo; l&rsquo;imago du sigillant, c&rsquo;est-&agrave;-dire son image personnelle, celle &agrave; qui il transmet son auctoritas, celle qui juridiquement le repr&eacute;sente et le prolonge, l&rsquo;embl&eacute;matise et le symbolise, celle qui est &agrave; la fois lui-m&ecirc;me et le double de lui-m&ecirc;me &raquo; <br />
	<br />
	Connu depuis la plus haute antiquit&eacute;, l&rsquo;usage du sceau a pr&eacute;c&eacute;d&eacute; l&rsquo;apparition de l&rsquo;&eacute;criture. Ainsi, dans la M&eacute;sopotamie de la fin du VIIe mill&eacute;naire, des sceaux plats ou cylindriques, utilis&eacute;s comme marques personnelles, garantissent d&eacute;j&agrave; la validit&eacute; des actes juridiques ou la propri&eacute;t&eacute;. Egyptiens, Assyriens et H&eacute;breux l&rsquo;emploient. A Rome, les anneaux sigillaires permettent de valider et de clore testaments, papiers personnels et certains actes officiels. Empreinte de cire obtenue par l&rsquo;impression d&rsquo;une matrice m&eacute;tallique, le sceau (du latin sigillum) est riv&eacute; ou appendu au bas d&rsquo;un acte dont il garantit l&rsquo;int&eacute;grit&eacute; du contenu et le valide. A une &eacute;poque o&ugrave; la falsification des actes est fr&eacute;quente, cette derni&egrave;re fonction est la plus importante m&ecirc;me si le sceau peut lui aussi &ecirc;tre l&rsquo;occasion de manipulations frauduleuses. La chancellerie pontificale ainsi que certaines cit&eacute;s italiennes usent quant &agrave; elles d&rsquo;une bulle pour valider leurs actes. D&rsquo;origine byzantine, cette empreinte m&eacute;tallique de plomb, occasionnellement d&rsquo;or, a fini par donner son nom aux documents eux-m&ecirc;mes. <br />
	<br />
	<strong>1. La diffusion du sceau dans la soci&eacute;t&eacute; m&eacute;di&eacute;vale </strong><br />
	<br />
	Les rois m&eacute;rovingiens, &agrave; l&rsquo;imitation du Bas-Empire, conservent l&rsquo;habitude des anneaux sigillaires. Cependant, alors que leurs actes &eacute;tablis sur papyrus ne comportaient pas l&rsquo;empreinte royale, l&rsquo;introduction du parchemin vers le milieu du VIIe si&egrave;cle entra&icirc;ne l&rsquo;apposition syst&eacute;matique du sceau du souverain. Sceller devient un droit r&eacute;galien tandis que la falsification du sceau royal est consid&eacute;r&eacute;e comme un crime de l&egrave;se-majest&eacute; passible d&rsquo;une punition exemplaire. <br />
	<br />
	Les souverains carolingiens utilis&egrave;rent dans un premier temps des intailles antiques repr&eacute;sentant une divinit&eacute; ou bien le buste imp&eacute;rial mais, dans le courant du IXe si&egrave;cle, ils commenc&egrave;rent &agrave; se faire graver des matrices &agrave; leur effigie, laquelle &eacute;tait accompagn&eacute;e de leur nom ou de leur titulature. <br />
	<br />
	Le monopole royal ou imp&eacute;rial du scellage des actes commen&ccedil;a &agrave; &ecirc;tre mis en cause dans le courant du Xe si&egrave;cle dans les chancelleries eccl&eacute;siastiques de Lotharingie et de Germanie. Dans la France actuelle, les plus anciens t&eacute;moignages concernent les &eacute;v&ecirc;ch&eacute;s de Toul et de Verdun. Il faudra pr&egrave;s d&rsquo;un si&egrave;cle ensuite pour que l&rsquo;usage du sceau &eacute;piscopal se diffuse des r&eacute;gions rh&eacute;nanes aux &eacute;v&ecirc;ch&eacute;s du Midi et d&rsquo;Espagne. L&rsquo;exemple des &eacute;v&ecirc;ques est bient&ocirc;t suivi par les grandes abbayes du Nord et de l&rsquo;Est &agrave; la fin du XIe si&egrave;cle (Fulda, Saint-Mihiel, Saint-Vaast d&rsquo;Arras) et au d&eacute;but du XIIe si&egrave;cle dans certains monast&egrave;res du Sud (Saint-Guilhem, Saint-Victor de Marseille). <br />
	<br />
	L&rsquo;adoption du sceau par les princes est exceptionnel avant 1100. Comme pour les &eacute;v&ecirc;ques, la diffusion se fait du Nord vers le Sud : le comte de Flandre scelle en 1065, le duc de Normandie apr&egrave;s son accession au tr&ocirc;ne d&rsquo;Angleterre, puis viennent les ducs d&rsquo;Aquitaine, de Bourgogne, de Bretagne, les comtes d&rsquo;Anjou, de Champagne et de Toulouse. Progressivement, le XIIe si&egrave;cle voit l&rsquo;usage de sceller gagner la classe seigneuriale, les sires de Nesle et de Coucy &eacute;tant les plus pr&eacute;coces (1135-1139). Le sceau f&eacute;minin, d&eacute;j&agrave; utilis&eacute; par la comtesse de Flandre Cl&eacute;mence de Bourgogne (1100-1105), appara&icirc;t dans la haute aristocratie &agrave; partir du milieu du XIIe si&egrave;cle avant de conna&icirc;tre une diffusion g&eacute;n&eacute;rale au d&eacute;but du si&egrave;cle suivant. La p&eacute;riode 1170-1180 est marqu&eacute;e par l&rsquo;&eacute;mergence du sceau urbain. A l&rsquo;imitation des cit&eacute;s italiennes, les communaut&eacute;s urbaines d&rsquo;Arras, d&rsquo;Arles, de Cambrai, d&rsquo;Avignon se dotent durant ces ann&eacute;es d&rsquo;un instrument traduisant non seulement leur capacit&eacute; juridique mais &eacute;galement leur puissance politique. <br />
	<br />
	Le droit au sceau se propage &agrave; l&rsquo;ensemble de la soci&eacute;t&eacute; m&eacute;di&eacute;vale au cours du XIIIe si&egrave;cle. Ainsi, &agrave; c&ocirc;t&eacute; des archidiacres ou des chapitres cath&eacute;draux qui scellent parfois depuis le premier tiers du XIIe si&egrave;cle, les doyens de chr&eacute;tient&eacute; et les cur&eacute;s prennent l&rsquo;habitude de sceller eux-m&ecirc;mes leurs actes. Progressivement, les chevaliers, les bourgeois, les marchands, les artisans, les corporations, les universit&eacute;s et m&ecirc;me certains paysans normands acqui&egrave;rent un sceau. Mais l&rsquo;innovation principale demeure la g&eacute;n&eacute;ralisation du sceau de juridiction apparu d&egrave;s la fin du XIIe si&egrave;cle dans les officialit&eacute;s de Beauvais (1189) et de Ch&acirc;lons (1198). Utilis&eacute; par une autorit&eacute; eccl&eacute;siastique ou la&iuml;que dans l&rsquo;exercice de ses attributions judiciaires, le sceau de juridiction conf&egrave;re aux sentences, contrats et actes priv&eacute;s qui en sont munis une valeur incontestable et permanente. L&rsquo;autorit&eacute; royale, r&eacute;alisant de fa&ccedil;on &eacute;vidente les ressources financi&egrave;res que le sceau de juridiction pourrait lui procurer, favorisa son apparition, d&rsquo;abord &agrave; la pr&eacute;v&ocirc;t&eacute; de Paris (vers 1234) puis dans les pr&eacute;v&ocirc;t&eacute;s d&rsquo;Ile-de-France et les bailliages du Nord du royaume. Par la suite, l&rsquo;expansion du sceau de juridiction atteignit la France du Midi o&ugrave; les notaires exp&eacute;di&egrave;rent leurs actes sous le sceau de l&rsquo;&eacute;v&ecirc;que, d&rsquo;un seigneur ou d&rsquo;une ville. <br />
	<br />
	<strong>2. Le scellement de l&#39;acte et les usages diplomatiques </strong><br />
	<br />
	L&rsquo;emploi d&rsquo;un ou de plusieurs sceaux est presque toujours signal&eacute; dans la formule dite de corroboration figurant &agrave; la fin de l&rsquo;acte. L&rsquo;annonce du sceau, irr&eacute;guli&egrave;re avant le dernier tiers du XIIe si&egrave;cle, r&eacute;v&egrave;le la place prise par l&rsquo;empreinte sigillaire comme moyen de validation. L&rsquo;&eacute;nonc&eacute; de la formule, qui a &eacute;volu&eacute; au cours des si&egrave;cles, se pr&eacute;sente sous la forme d&rsquo;une proposition subordonn&eacute;e expliquant que les signes de validation ont &eacute;t&eacute; pr&eacute;vus afin de renforcer l&rsquo;acte : &laquo; In cujus rei testimonium presentes litteras sigilli mei munimine roboravi. &raquo; (2). En-dehors des cas de scellement unique o&ugrave; l&rsquo;empreinte de cire est appendue au milieu de l&rsquo;acte, la r&eacute;partition des diff&eacute;rents sceaux au bas de l&rsquo;acte s&rsquo;organise selon un ordre hi&eacute;rarchique qu&rsquo;annonce la formule de corroboration &agrave; travers l&rsquo;&eacute;num&eacute;ration des sigillants. <br />
	<br />
	L&rsquo;op&eacute;ration mat&eacute;rielle du scellement est pr&eacute;par&eacute;e par un chauffe-cire tandis que le scelleur est l&rsquo;officier de chancellerie charg&eacute; de l&rsquo;apposition de la matrice au bas du document. Le sceau pouvait &ecirc;tre riv&eacute; au document ou bien suspendu au bas de l&rsquo;acte au moyen d&rsquo;une attache. Sans jamais compl&egrave;tement dispara&icirc;tre, le sceau riv&eacute; est peu &agrave; peu remplac&eacute; par le sceau pendant. Apparu en Angleterre &agrave; la chancellerie d&rsquo;Edouard le Confesseur, ce nouveau proc&eacute;d&eacute; progresse rapidement sur le continent, le comte de Flandre et les archev&ecirc;ques de Bourges et de Reims l&rsquo;utilisant d&egrave;s le dernier tiers du XIe si&egrave;cle. Adopt&eacute; par les rois de France avant 1100, le sceau pendant devient au XIIe si&egrave;cle d&rsquo;un usage quasi-exclusif. L&rsquo;attache, pass&eacute;e &agrave; travers le parchemin gr&acirc;ce &agrave; une incision, est dans un premier temps une simple courroie de cuir. A partir du XIIIe si&egrave;cle, les modes attache des sceaux se diversifient tant par la mati&egrave;re (parchemin, soie, chanvre, lin, laine) que par la couleur. Ainsi, &agrave; c&ocirc;t&eacute; des divers flocs, tresses, rubans, cordons et cordelettes, les chancelleries royales, princi&egrave;res ou &eacute;piscopales utilis&egrave;rent plus volontiers des lacs de soie, r&eacute;servant la double queue et la simple queue de parchemin aux actes les moins solennels. <br />
	<br />
	Lors des fun&eacute;railles o&ugrave; le mannequin de cire est l&rsquo;image du d&eacute;funt. Les analyses chimiques font d&eacute;faut pour cerner avec pr&eacute;cision la composition de cette cire &agrave; sceller &agrave; laquelle diverses substances &eacute;taient ajout&eacute;es pour la durcir et la prot&eacute;ger (craie, poix, r&eacute;sine, cendres). A partir du XIIe si&egrave;cle, les chancelleries prennent progressivement l&rsquo;habitude d&rsquo;utiliser une cire color&eacute;e, les usages pouvant cependant varier selon l&rsquo;&eacute;poque, la r&eacute;gion et le sigillant. Trois couleurs principales dominent la sigillographie m&eacute;di&eacute;vale. Une premi&egrave;re teinte allant du jaune-beige au brun fonc&eacute; se rencontre aux XIe et XIIe si&egrave;cles et semble correspondre en r&eacute;alit&eacute; &agrave; une cire d&eacute;pourvue du moindre colorant. Le vert, utilis&eacute; d&egrave;s le XIIe si&egrave;cle, est la couleur dominante du si&egrave;cle suivant. Il s&rsquo;obtient par addition dans la cire d&rsquo;ac&eacute;tate de cuivre et pr&eacute;sente diff&eacute;rentes nuances. Le rouge, enfin, connu &eacute;galement au XIIe si&egrave;cle, a &eacute;t&eacute; d&rsquo;un usage limit&eacute; jusqu&rsquo;au XIVe si&egrave;cle avant de devenir la couleur principale des sceaux de la fin du Moyen &Acirc;ge et de l&rsquo;&eacute;poque moderne. Il est obtenu par addition de minium (oxyde de plomb) ou de cinabre (sulfure de mercure). En g&eacute;n&eacute;ral, la couleur de la cire utilis&eacute;e pour sceller n&rsquo;a pas de signification particuli&egrave;re et r&eacute;pond souvent &agrave; des questions de go&ucirc;ts ou de modes. Certaines grandes chancelleries, notamment celle du roi de France, ont cependant tent&eacute; de r&eacute;glementer l&rsquo;emploi diplomatique des couleurs. Avec Philippe le Bel (1285-1314), le scellement des actes royaux est soumis &agrave; des r&egrave;gles constantes qui ne seront d&eacute;finitivement respect&eacute;es que sous le r&egrave;gne de Jean II le Bon (1350-1364) : cire verte sur lacs de soie verts et rouges pour les actes solennels &agrave; effet perp&eacute;tuel, cire jaune sur double ou simple queue de parchemin pour les actes &agrave; effet transitoire, cire rouge pour les lettres closes. <br />
	&nbsp;</p>]]></description>
<link>http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/11153,le-sceau-image-de-la-societe-medievale.html</link>
<guid isPermaLink="false">http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/#11153</guid>
</item><item><title>Bibliographie</title>
<pubDate>Tue, 02 Mar 2010 10:03:00 +0100</pubDate>
<description><![CDATA[<p style="text-align: justify">
	<br />
	<span style="color: #00f"><strong>&laquo; Il faut rendre au loup ce qui appartient au loup&hellip; &raquo; Autrement dit, je me dois de citer (et de remercier) les auteurs et les ouvrages suivants. En effet, ce dossier n&rsquo;est pas une synth&egrave;se mais un ensemble compos&eacute; de textes ou d&rsquo;articles dont je ne suis que le m&eacute;diateur (tout simplement du copi&eacute;/v&eacute;rifi&eacute;/coll&eacute; !). Se trouvent &eacute;galement plusieurs r&eacute;dactions personnelles issues de mes exp&eacute;riences (professionnelles et associatives) ou de mes acquis sur ce th&egrave;me.<br />
	</strong></span><br />
	Je ne peux que conseiller de compulser les oeuvres remarquables dont est issue une bonne moiti&eacute; de ce dossier.<br />
	- Le Livre de Chasse, Gaston Ph&eacute;bus (&eacute;dition illustr&eacute;e bien s&ucirc;r, il existe &eacute;galement un recueil des enluminures de ce &ocirc; combien pr&eacute;cieux ouvrage du bon Comte de Foix)<br />
	- L&rsquo;Homme et le Loup, Daniel Bernard (brillant, excellent, &agrave; consulter autant pour le moyen &acirc;ge, que pour les autres &eacute;poques et les sujets parall&egrave;les)<br />
	- Le Loup au Moyen Age, Xavier Halard (d&eacute;nich&eacute; au mus&eacute;e de Cluny)<br />
	- Le Loup (les sentiers du naturaliste), &eacute;dition Delachaux et Niestl&eacute; (scientifique)<br />
	- Encyclop&eacute;die des Carnivore de France, Le Loup (Mus&eacute;um d&rsquo;Histoire Naturelle)<br />
	- L&rsquo;ABCDaire du Loup, Genevi&egrave;re Carbone et Gilles Le Pape (des r&eacute;f&eacute;rences)<br />
	- La Chasse &agrave; travers l&rsquo;Histoire, &eacute;ditions Hachette (juste une poign&eacute;e d&rsquo;infos)<br />
	- Dossier &laquo; Le Loup au Moyen Age &raquo;, magazine Histoire M&eacute;di&eacute;vale (premiers num&eacute;ros), mais aussi le double article sur &laquo; La Chasse au Moyen Age &raquo;<br />
	- Sites Internet de qualit&eacute; : l&rsquo;excellent article du site du Haut-Koenisbourg.net , les pages loup sur loup.org et euroloup (membres.lycos.fr), des infos actuelles sur Ferus (tr&egrave;s bon site)<br />
	- Et bien s&ucirc;r : meneursdeleu.free.fr (seuls quelques compl&eacute;ments se trouvent sur notre ancien site, le reste se trouve dans notre biblioth&egrave;que et notre m&eacute;moire)<br />
	<br />
	Les images sont tir&eacute;es de divers sites Internet, ou ont &eacute;t&eacute; scann&eacute;es dans les ouvrages cit&eacute;s, et d&rsquo;autres enfin viennent d&rsquo;anciennes prestas</p>
<p style="text-align: justify">
	<span style="background-color: #ffff00"><span style="font-size: 20px">(Compagnie M&eacute;di&eacute;vale des Meneurs de Leu)<br />
	</span></span></p>
<p style="text-align: justify">
	la Beste est Nostre<br />
	&nbsp;</p>]]></description>
<link>http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/11148,bibliographie.html</link>
<guid isPermaLink="false">http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/#11148</guid>
</item><item><title>Sorcellerie, Meneur de Leu et Lycanthropie.</title>
<pubDate>Tue, 02 Mar 2010 09:56:00 +0100</pubDate>
<description><![CDATA[<p style="text-align: justify">
	<br />
	Si le conte peut exorciser la peur du loup en pr&eacute;sentant le fauve comme un poltron, un dupe ou un soumis, d&rsquo;autres r&eacute;cits folkloris&eacute;s entretiennent craintes et angoisses. La veill&eacute;e nocturne reste pour les paysans le moment privil&eacute;gi&eacute; o&ugrave; ces histoires se diffusent, s&rsquo;&eacute;coutent et s&rsquo;interpr&egrave;tent. Une multitude de r&eacute;cits de loups traduisant des faits r&eacute;els ou imaginaires, des histoires de meneurs de leus ou de loups-garous entra&icirc;nent au Moyen Age l&rsquo;imagination populaire sur les pentes du mal&eacute;fique, du myst&eacute;rieux et du fantastique.<br />
	<br />
	La litt&eacute;rature orale conserve de nombreux anecdotes &eacute;voquant des gens suivis par le loup. L&rsquo;histoire est souvent la m&ecirc;me : le fauve suit le voyageur &agrave; distance. Si l&rsquo;homme s&rsquo;arr&ecirc;te, l&rsquo;animal fait de m&ecirc;me ; s&rsquo;il court, le fauve l&rsquo;imite. Mais le carnassier n&rsquo;attaque jamais l&rsquo;humain.<br />
	<br />
	Il existe aussi des r&eacute;cits relatant des musiciens &eacute;loignant ou guidant les loups gr&acirc;ce &agrave; son instrument (voir plus haut), ainsi que des histoires de &laquo; gar&ccedil;on escort&eacute; par les leus &raquo;.<br />
	<br />
	Fascinant, &eacute;nigmatique, effrayant, le loup semble avant tout associ&eacute; au l&eacute;gendaire de la for&ecirc;t m&eacute;di&eacute;vale. Dans le cadre des pratiques de sorcellerie, il appara&icirc;t comme le vecteur entre les hommes et les forces malignes. Particuli&egrave;rement redout&eacute;s dans le monde rural, certains hommes, sorciers ou forestiers, meneurs ou montreurs de leus, poss&egrave;dent un pouvoir sur la b&ecirc;te. En le commandant, en s&rsquo;en faisant ob&eacute;ir ou en l&rsquo;utilisant pour ses projets, ces marginaux entretiennent une relation &eacute;troite, privil&eacute;gi&eacute;e, voire magique, avec canis lupus.<br />
	<br />
	Quelques sorciers ou meneurs sont m&ecirc;me r&eacute;put&eacute;s pour se m&eacute;tamorphoser en loup, prenant l&rsquo;apparence de l&rsquo;animal sauvage par excellence ; d&rsquo;autres l&rsquo;utilisent comme montures dans des chevauch&eacute;es nocturnes.<br />
	<br />
	Tr&egrave;s populaire dans certaines r&eacute;gions de la France m&eacute;di&eacute;vale o&ugrave; les paysans le redoute, le mneu de leus (meneur de loup) a la puissance de fasciner les b&ecirc;tes qui le suivent et lui ob&eacute;issent.<br />
	<br />
	Le meneux (ou gardeux de loups) dispose de plusieurs moyens pour appeler les fauves : siffler, jouer d&rsquo;un instrument de musique (cornemuse) d&rsquo;une mani&egrave;re qui n&rsquo;est pas &laquo; chr&eacute;tienne &raquo;, le conjurer en l&rsquo;appelant et parfois m&ecirc;me allumer un feu. Les loups surgissent de toute part et se rassemblent aupr&egrave;s de leur ma&icirc;tre.<br />
	<br />
	Le meneur de loup utilise diversement son &eacute;trange pouvoir, sa volont&eacute; est toujours difficile &agrave; comprendre, tant&ocirc;t nuisible, tant&ocirc;t protecteur (plus rare).<br />
	<br />
	Au Moyen Age, la mentalit&eacute; paysanne voyait, le plus souvent, ce lien entre l&rsquo;homme et la b&ecirc;te comme provenant d&rsquo;un accord secret et mal&eacute;fique avec le diable.<br />
	<br />
	Certaines l&eacute;gendes rapportent que cet &ecirc;tre exceptionnel et redout&eacute; est souvent un ancien berger, musicien, chasseur ou forestier, qui, &agrave; force de c&ocirc;toyer le monde sauvage, est pass&eacute; de l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute;.<br />
	<br />
	Ce qui est int&eacute;ressant de relever c&rsquo;est que le meneur de loup est avant tout un personnage ambigu. Equivoque du fait de sa relation avec le sauvage, ambivalent car son pouvoir lui permet autant de prot&eacute;ger que de nuire. Les proc&eacute;d&eacute;s divers employ&eacute;s par les ruraux pour se prot&eacute;ger du carnassier (paten&ocirc;tre du loup, invocation des saints sp&eacute;cialis&eacute;s, offrande d&rsquo;un agneau, gateau triangulaire de Saint-Loup&hellip;.) ne sont rien en comparaison des pouvoirs du m&rsquo;neu de leus, face osbcure du musicien dont il reprend l&rsquo;instrument, double sauvage du berger dont il reprend le titre.<br />
	<br />
	Remarque int&eacute;ressante : de nombreux saints ont aussi &eacute;t&eacute; des &laquo; bergers des loups &raquo; : saint Pierre (Wurtemberg), Georges (Russie), Nicolas (Pologne), Gabriel, Michel. Le meneur de loups, s&rsquo;il n&rsquo;est un saint, ne peut donc &ecirc;tre que sorcier.<br />
	<br />
	<span style="background-color: #afeeee">&quot;Compagnons des meutes et des fauves,<br />
	Messager des b&ecirc;tes sauvages,<br />
	Ma&icirc;tre de la nuit,<br />
	Gardien des secrets forestiers,<br />
	Sage parmi les fous,<br />
	Fous parmi les sages,<br />
	Le Meneur de Leu r&ecirc;ve &agrave; l&rsquo;ombre du Grand Ch&ecirc;ne&quot;.</span><br />
	<br />
	Si l&rsquo;existence des m&rsquo;neux de leus n&rsquo;est pas mis en doute par les paysans, d&rsquo;autres ph&eacute;nom&egrave;nes inexpliqu&eacute;s hantent l&rsquo;imaginaire des ruraux dans lequel manifestations diaboliques et apparition surnaturelles se c&ocirc;toient. &laquo; galipote, galipaude, g&acirc;loup, garou&eacute;, varou, lib&eacute;ron, lib&eacute;rou, l&eacute;garou, loup-brou, loup-garou&hellip; &raquo; sont autant de noms qui font partie de ce bestiaire fantastique, notamment m&eacute;di&eacute;val.<br />
	<br />
	La peur, n&eacute;e de l&rsquo;incapacit&eacute; &agrave; expliquer le mal et &agrave; le gu&eacute;rir, a tr&egrave;s certainement contribu&eacute; &agrave; accentuer le fantasme et &agrave; l&rsquo;imposer. L&rsquo;&eacute;tymologie de mot &laquo; garou &raquo; semble d&rsquo;ailleurs vouloir le confirmer puisqu&rsquo;il est compris, d&egrave;s le XIIIe si&egrave;cle, au sens de &laquo; se garer du loup &raquo;. Toujours est-il qu&rsquo;au Moyen Age, il n&rsquo;est pas une r&eacute;gion qui doute de son existence. Quel que soit son nom, sa simple &eacute;vocation plonge les hommes dans les t&eacute;n&egrave;bres et l&rsquo;effroi. Et l&rsquo;ensemble des &eacute;v&eacute;nements du bas Moyen Age en t&eacute;moigne par l&rsquo;incroyable violence avec lequel le mythe va imposer sa sanglante r&eacute;alit&eacute;.<br />
	<br />
	Rappelons qu&rsquo;en grec, &laquo; lycanthropie &raquo; vient de &laquo; lykos &raquo;, le loup, et d&rsquo; &laquo; anthropos &raquo;, l&rsquo;homme.<br />
	<br />
	Le Moyen Age ne fait en v&eacute;rit&eacute; que perp&eacute;tuer cette croyance bien plus ancienne de &laquo; lycanthropie &raquo;, double physique capable de transformation. Mais l&rsquo;Eglise intervient et n&rsquo;accepte aucune m&eacute;tamorphose qui ne soit d&rsquo;ordre divin. D&egrave;s le Ve si&egrave;cle, les autorit&eacute;s religieuses d&eacute;cident de prouver que cette transformation non de l&rsquo;&acirc;me mais du corps des hommes est inconcevable. Pour l&rsquo;Eglise du haut moyen &acirc;ge, les loups-garous n&rsquo;existent pas. Saint Augustin le d&eacute;clare dans La Cit&eacute; de Dieu. Il parle cependant de m&eacute;tamorphose illusoire, c&#39;est-&agrave;-dire de r&ecirc;ve ou de manipulation d&eacute;moniaque. Malgr&eacute; tout, Saint Augustin n&rsquo;affirme pas de position plus claire sur le sujet. Mais l&rsquo;Eglise, dans sa volont&eacute; d&rsquo;&eacute;liminer toute trace de paganisme, s&rsquo;arrange tr&egrave;s bien de cette explication qui ne tient compte ni des croyances ni des pratiques comme la transe.<br />
	<br />
	Ce principe de m&eacute;tamorphose illusoire se maintient pendant tout le haut Moyen Age . Au XIIIe si&egrave;cle, Saint Thomas d&rsquo;Aquin continue de s&rsquo;y r&eacute;f&eacute;rer, sur les bases du canon d&rsquo;Episcopi. Burchard de Worms (Decretum du XI&egrave;) et Guillaume d&rsquo;Auvergne (De Universo 1240) pers&eacute;v&egrave;rent en d&eacute;clarant qu&rsquo;il est impossible pour un homme de prendre forme lupine, ou que cela rel&egrave;ve d&rsquo;un assaut d&rsquo;un d&eacute;mon sur un &ecirc;tre endormi qui croit &agrave; son r&eacute;veil avoir v&eacute;cu une m&eacute;tamorphose. Il existe de nombreux textes soutenant cette th&egrave;se mais certains d&rsquo;entre eux &eacute;mettent des id&eacute;es qui tendant &agrave; &eacute;branler les convictions chr&eacute;tiennes et invitent &agrave; reconsid&eacute;rer la r&eacute;alit&eacute; au sujet de la lycanthropie.<br />
	<br />
	Ce sont des pays comme l&rsquo;Angleterre et l&rsquo;Irlande qui relancent le d&eacute;bat au XIIIe si&egrave;cle et explorent des pistes relativement in&eacute;dites. Dans l&rsquo;Historia Britonum de Nennius, il est &eacute;crit que la m&eacute;tamorphose existe (pour des peuples hommes de race celtique s&rsquo;attaquant aux moutons sous forme lupine) et qu&rsquo;elle est consid&eacute;r&eacute; comme une facult&eacute; particuli&egrave;re, un don transmis. De nombreux t&eacute;moignages viennent renforcer cette croyance (notamment les textes de Gervais de Tilbury).<br />
	<br />
	Ainsi, non seulement, le bas Moyen Age admet l&rsquo;existence de la lycanthropie et remet totalement en question l&rsquo;avis d l&rsquo;Eglise, mais surtout elle fait &eacute;voluer la croyance vers une r&eacute;alit&eacute; beaucoup plus concr&egrave;te et actuelle.<br />
	<br />
	&Agrave; en juger les textes de l&rsquo;&eacute;poque, il est impossible d&rsquo;en douter. Elle peut prendre la forme de d&eacute;mence ou, plus souvent, d&rsquo;actes de cannibalisme.<br />
	<br />
	Les accusations de lycanthropie se multiplient, notamment pendant les p&eacute;riodes difficiles (famine, guerre).<br />
	<br />
	Certaines r&eacute;gions subissent des &eacute;pid&eacute;mies de lycanthropie dont les suites judiciaires ont &eacute;t&eacute; tragiques. Le terme de &laquo; folie louvi&egrave;re &raquo; appara&icirc;t &agrave; la fin du Moyen Age.<br />
	<br />
	En outre, ces p&eacute;riodes sont accompagn&eacute;es d&rsquo;une recrudescence des meutes de loups et d&rsquo;une augmentation de la fr&eacute;quence de leurs attaques. Enfin, il y a ceux qui profitent de la peur du loup-garou, comme celle du loup en g&eacute;n&eacute;ral, pour terroriser les populations. Voleurs, criminels et bandits ont l&rsquo;id&eacute;e de v&ecirc;tir des peaux de loup pour accomplir leurs forfaits. Parfois, il s&rsquo;agit juste de d&eacute;lits moins graves comme de frapper &agrave; la porte des gens sous la peau d&rsquo;un loup et de r&eacute;clamer deux sous pour partir.<br />
	<br />
	La fin du Moyen Age accepte donc l&rsquo;existence de la lycanthropie bien que personne n&rsquo;en ai r&eacute;ellement vu, except&eacute; dans des conditions obscures ; de m&ecirc;me personne n&rsquo;a jamais assist&eacute; &agrave; une m&eacute;tamorphose, du moins sans sorcellerie ou hallucinog&egrave;ne.<br />
	<br />
	Si la croyance populaire est convaincu de la pr&eacute;sence de loups-garous, il est impossible d&rsquo;en apporter la preuve. Certains scientifiques de la fin du XV&egrave; tendent &agrave; le d&eacute;montrer.<br />
	<br />
	La guerre de Cent Ans et la peste affaiblissent grandement la soci&eacute;t&eacute; m&eacute;di&eacute;vale, ravivant ainsi les superstitions. Les proc&egrave;s pour sorcellerie se multiplient, ainsi que les d&eacute;nonciations. L&rsquo;Eglise en profite pour proposer des mesures concr&egrave;tes et rassurantes afin de faire reculer ce paganisme. Puisque le loup-garou existe, il ne peut &ecirc;tre qu&rsquo;une cr&eacute;ature du diable. L&rsquo;intervention la plus notable de l&rsquo;Eglise est donc de d&eacute;gager les loups-garous de la litt&eacute;rature orale pour s&rsquo;int&eacute;resser &agrave; l&rsquo;&ecirc;tre humain poss&eacute;d&eacute; par le d&eacute;mon. Il faut donc les combattre et s&rsquo;en prot&eacute;ger. Pour les rep&eacute;rer, certains signes sont utilis&eacute;s, notamment le fait de ne pas se rendre aux offices ou d&rsquo;avoir quelques marques physiques. Les b&acirc;tards doivent aussi &ecirc;tre surveill&eacute;s. Les cons&eacute;quences de ces attitudes font que les accusations, fausses ou faciles, affluent chez l&rsquo;inquisiteur. C&rsquo;est ce qui sera appel&eacute; &agrave; la fin du moyen &acirc;ge la &laquo; folie louvi&egrave;re &raquo;. Les proc&egrave;s abondent au XVe si&egrave;cle, les campagnes fran&ccedil;aises connaissent de v&eacute;ritable psychose (plusieurs dizaines de milliers d&rsquo;individus jug&eacute;s jusqu&rsquo;au XVIe si&egrave;cle). Un des plus c&eacute;l&egrave;bres reste celui de Gilles Grenier, en 1573 &agrave; D&ocirc;le (apr&egrave;s la p&eacute;riode m&eacute;di&eacute;vale).<br />
	<br />
	Certaines accusations portent sur le fait que les &laquo; lycanthropes &raquo; ont attaqu&eacute;s et tu&eacute;s des fillettes. Les nuits de pleine lune, celle de No&euml;l, les douze jours de la fin de l&rsquo;ann&eacute;e (le fameux Wolfzeit) sont soit-disant autant de moments propices de passage m&eacute;tamorphique.<br />
	<br />
	Les aveux pleuvent sous les supplices des tortures, qu&rsquo;ils soient fond&eacute;s ou pas. Le grand juge Boguet &agrave; la fin XVIe se vante d&rsquo;avoir envoy&eacute; plus de 600 loups-garous au b&ucirc;cher.<br />
	<br />
	Le lien avec la sorcellerie, s&rsquo;il para&icirc;t &eacute;vident, n&rsquo;est ni &eacute;troit ni syst&eacute;matique. La lycanthropie (transformation lors des sabbats) sert la notori&eacute;t&eacute; des sorciers puisque tous les recours sont bons pour s&rsquo;en prot&eacute;ger.<br />
	<br />
	Notons enfin, comme il est not&eacute; dans un autre chapitre, la pr&eacute;sence du garou&eacute; dans la litt&eacute;rature m&eacute;di&eacute;val, &agrave; l&rsquo;instar du Lai de Bisclavret de Marie de France au XIIe si&egrave;cle et Guillaume de Palerne au XIIIe si&egrave;cle.<br />
	<br />
	<span style="background-color: #afeeee">&laquo; En chaque homme un loup sommeille, <br />
	En chaque loup r&eacute;side une part d&rsquo;humanit&eacute; &raquo;</span><br />
	<br />
	&nbsp;</p>]]></description>
<link>http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/11147,sorcellerie-meneur-de-leu-et-lycanthropie.html</link>
<guid isPermaLink="false">http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/#11147</guid>
</item><item><title>Le loup dans la littérature orale.</title>
<pubDate>Tue, 02 Mar 2010 09:55:00 +0100</pubDate>
<description><![CDATA[<p style="text-align: justify">
	<br />
	Dans la culture populaire de tradition paysanne, notamment m&eacute;di&eacute;vale, la place du loup occupe un r&ocirc;le privil&eacute;gi&eacute;, transmis par la litt&eacute;rature orale. Le folklore enfantin avec ses jeux, rimes et comptines mais surtout les chansons et les contes des veill&eacute;es nocturnes t&eacute;moignent de l&rsquo;impact et de l&rsquo;omnipr&eacute;sence de cet animal dans les mentalit&eacute;s rurales.<br />
	<br />
	Les chants de berg&egrave;re t&eacute;moignent de cette mentalit&eacute; face au fauve. Chaque province contribue par ses variantes &agrave; enrichir le floril&egrave;ge. La peur inspir&eacute;e par le carnassier et la menace qu&rsquo;il fait planer sur le troupeau revient constamment.<br />
	<br />
	Dans les contes, de tradition orale, diff&eacute;rents th&egrave;mes selon les r&eacute;gions de France y pr&eacute;sentent le loup comme un animal lourdaud, niais, b&ecirc;te, vaniteux ou gourmand mais aussi poltron, soumis et souvent bern&eacute; ou ridiculis&eacute; par les hommes et les animaux (cf le Roman de Renart issu de la tradition orale). Par une perception qui s&rsquo;oppose &agrave; la r&eacute;alit&eacute;, le monde paysan semble se venger de la crainte que le fauve inspire, comme pour se s&eacute;curiser afin d&rsquo;affronter la nuit une fois la veill&eacute;e termin&eacute;e.<br />
	<br />
	Les histoires s&rsquo;adaptent &eacute;videmment &agrave; la r&eacute;gion et aux circonstances locales. Ainsi en est-il des fabliaux et des all&eacute;gories que les com&eacute;diens du Moyen Age diffusaient partout en France, sans rupture. Dans le Roman de Renart, l&rsquo;anthropomorphisme traditionnel s&rsquo;impose souvent.<br />
	<br />
	Dans la plupart (pour ne pas dire tous) des r&eacute;cits o&ugrave; les animaux parlent et agissent, le loup, pauvre dupe, incarne la f&eacute;rocit&eacute; et la stupidit&eacute; (alors que le renard incarne la ruse prudente et triomphante). Le loup appara&icirc;t tr&egrave;s souvent comme un animal vorace et gourmand mais un autre th&egrave;me fr&eacute;quent fait de lui une b&ecirc;te vaniteuse vaincue par le genre humain. Parfois le loup devient repentant et docile.<br />
	<br />
	Certains r&eacute;cits subissent des variantes ou des pr&eacute;cisions en se r&eacute;f&eacute;rant &agrave; l&rsquo;Eglise et &agrave; la croyance chr&eacute;tienne.<br />
	<br />
	La vie des saints qui ont partag&eacute; une histoire avec le loup est elle aussi transmise par la tradition, et par les pr&ecirc;tres, dans des objectifs qui d&eacute;passent parfois le simple folklore.<br />
	<br />
	Le loup est donc pr&eacute;sent dans de nombreux th&egrave;mes de la tradition populaire, il est int&eacute;ressant de noter l&rsquo;importance, partout en France, de celui du loup et du musicien : le leu suit le musicien rentrant d&rsquo;une f&ecirc;te ou d&rsquo;une veill&eacute;e, pour le faire fuir (ou l&rsquo;envo&ucirc;ter) l&rsquo;homme joue de son instrument (parfois il se contente de donner un peu de pain).<br />
	<br />
	&nbsp;</p>]]></description>
<link>http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/11146,le-loup-dans-la-litterature-orale.html</link>
<guid isPermaLink="false">http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/#11146</guid>
</item><item><title>Proverbes et expressions</title>
<pubDate>Tue, 02 Mar 2010 09:52:00 +0100</pubDate>
<description><![CDATA[<p style="text-align: justify">
	<br />
	D&egrave;s 1560, Estienne Pasquier &eacute;crivait dans ses &laquo; Recherches de la France &raquo; : &laquo; Le loup entre les bestes sauvages nous a &eacute;t&eacute; si commun ou si odieux que, par-dessus tous autres animaux, nous en avons tir&eacute; plusieurs proverbes de lui &raquo;. Cette note, datant d&rsquo;apr&egrave;s le Moyen Age, permet n&eacute;anmoins d&rsquo;affirmer que beaucoup de ces proverbes existaient d&eacute;j&agrave; dans la p&eacute;riode m&eacute;di&eacute;vale, et pas depuis son dernier si&egrave;cle. La grande richesse des expressions r&eacute;gionales et des proverbes pass&eacute;s dans le vocabulaire courant, parfois encore usit&eacute;s de nos jours, attestent de l&rsquo;impact du loup dans la culture populaire.<br />
	<br />
	Proposer une liste serait inutile tant chacun en conna&icirc;t bon nombre, alors voici simplement quelques expressions plus &laquo; rares &raquo; :<br />
	- les loups ne se mangent pas entre eux <br />
	- le loup n&rsquo;engendre pas de moutons <br />
	- le loup ne chante pas quand il a faim <br />
	- la faim fait sortir le loup du bois <br />
	- le loup ne chasse pas autour de chez lui <br />
	- dites Pater au loup il vous r&eacute;pondra agneau <br />
	- &agrave; chair de loup dent de chien <br />
	- tandis que le chien crie le loup s&rsquo;enfuit <br />
	- berger qui vante le loup n&rsquo;aime pas les moutons <br />
	- &agrave; mauvais berger loup engraiss&eacute; <br />
	- qui se fait brebis le loup les mange <br />
	- brebis compt&eacute;es les loups les mangent <br />
	- pendant que le loup chie la brebis au bois s&rsquo;enfuit <br />
	- mort du louveteau vie de l&rsquo;agneau <br />
	- pour l&rsquo;amour d&rsquo;un boeuf le loup l&egrave;che la charrue <br />
	- cent loups ne craignent pas une ch&egrave;vre <br />
	- cheval sur ses gardes ne sera pas mang&eacute; du loup ;<br />
	<br />
	Ce qui &laquo;ironique &raquo; (c&rsquo;est l&agrave; le lot des proverbes), c&rsquo;est qu&rsquo;usant de l&rsquo;image du loup, ces dictons parlent souvent d&rsquo;affaires humaines.<br />
	- Mais aussi, diverses fa&ccedil;ons de parler : <br />
	- tenir le loup par les deux oreilles (h&eacute;siter) <br />
	- ne pas se moquer du loup avant d&rsquo;&ecirc;tre sorti du bois <br />
	- il n&rsquo;y a pas de m&eacute;chant li&egrave;vre ni de petit loup <br />
	- se jeter dans la gueule du loup <br />
	- avoir vu le loup <br />
	- entre chien et loup <br />
	- &agrave; pas de loup <br />
	- hurler avec les loups <br />
	- &agrave; la queue leu leu&hellip;...<br />
	<br />
	D&rsquo;autres expressions font r&eacute;f&eacute;rence &agrave; des croyances plus anciennes et &agrave; des pr&eacute;jug&eacute;s transmis depuis<br />
	plusieurs si&egrave;cles : certaines sont n&eacute;es du fait de superstitions sur les actions malfaisantes du regard du<br />
	fauve (comme &ecirc;tre enrhum&eacute;, ou aphone) : &laquo; il a vu le loup &raquo; ! <br />
	Pour d&eacute;crire un b&acirc;tard : il est comme le loup, il n&rsquo;a jamais vu son p&egrave;re. <br />
	D&rsquo;un beau parleur : il sait tout, il a mang&eacute; du foie de loup.<br />
	<br />
	Les noms du loup : Gu&iuml;llaou&iuml;c ar bleiz, Yann, Gabriel, Pied D&eacute;chauss&eacute;, Patte Grise, Jean, Guillaume, Chien des Bois, Vile B&ecirc;te, Grand Chien Courant, Maleb&ecirc;te, B&ecirc;te Noire (aussi pour d&rsquo;autres animaux) ; mais le plus courant : Leu (loupe, leupve, loup, louve, leux).<br />
	<br />
	Ces diff&eacute;rents noms sont surtout cantonn&eacute;s &agrave; des provinces pr&eacute;cises (Bretagne, Provence&hellip;.). Certains ne sont peut &ecirc;tre apparus qu&rsquo;apr&egrave;s le Moyen Age (&laquo; Leu &raquo; est bien s&ucirc;r largement employ&eacute; pendant toute la p&eacute;riode m&eacute;di&eacute;vale).<br />
	<br />
	&nbsp;</p>]]></description>
<link>http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/11145,proverbes-et-expressions.html</link>
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</item><item><title>Mentalités, croyances et légendes</title>
<pubDate>Tue, 02 Mar 2010 09:50:00 +0100</pubDate>
<description><![CDATA[<p style="text-align: justify">
	.<br />
	<br />
	Les traditions populaires contribuent &agrave; enrichir la fascination qu&rsquo;exerce le loup sur les hommes, en excitant profond&eacute;ment l&rsquo;imagination et en influen&ccedil;ant les mentalit&eacute;s. L&rsquo;antagonisme entre l&rsquo;homme et le leu appara&icirc;t aussi comme une lutte pour la ma&icirc;trise de l&rsquo;environnement entre l&rsquo;un qui domine l&rsquo;espace domestique et l&rsquo;autre le milieu naturel et sauvage : cette dualit&eacute; se retrouve dans le folklore paysan. Ainsi le vocabulaire, les contes et les l&eacute;gendes traduisent-ils ces oppositions et ces affrontements s&eacute;culaires entre deux &ecirc;tres qui veulent s&rsquo;approprier l&rsquo;univers de l&rsquo;autre.<br />
	<br />
	Le vocabulaire employ&eacute;e au moyen &acirc;ge pour d&eacute;crire canis lupus est r&eacute;v&eacute;lateur de son image n&eacute;gative. Cette d&eacute;signation de &laquo; nuisible &raquo;, de &laquo; b&ecirc;te malfaisante &raquo;, de &laquo; mauvaise b&ecirc;te &raquo;, de &laquo; fauve &raquo;, de &laquo; grand leu &raquo; ou encore de &laquo; bestes noires et f&eacute;roces &raquo; se retrouvent aussi bien dans la litt&eacute;rature que dans les perceptions populaires.<br />
	<br />
	Le loup inspire la crainte et suscite la peur, surtout chez les enfants impressionn&eacute;s par ces hurlements nocturnes. Dans le monde rural o&ugrave; r&egrave;gne pr&eacute;jug&eacute;s et superstitions, les gens ont peur du sorcier, des temp&ecirc;tes, de la peste, des gens de la guerre et du loup. Ces peurs sont presque visc&eacute;rales, permanentes ou cycliques, et font partie de l&rsquo;environnement psychologique des ruraux de jadis. Elles s&rsquo;entretiennent lors des veill&eacute;es ou cours desquelles r&eacute;cits et histoires merveilleuses entra&icirc;nent les assistants sur les chemins du fantastique et de l&rsquo;irr&eacute;el. Le &laquo; m&eacute;chant loup &raquo; y prendra plus tard sa forme.<br />
	<br />
	Les soci&eacute;t&eacute;s paysannes et eccl&eacute;siastiques diffusent l&rsquo;image d&rsquo;un fauve carnassier, &eacute;pouvantable et cruel, susceptible par l&rsquo;&eacute;vocation de sa seule pr&eacute;sence, de mettre en p&eacute;ril le cours des choses ou de r&eacute;tablir un ordre menac&eacute;. Autant les paysans craignent pour leur corps et leur b&eacute;tail, autant l&rsquo;&eacute;glise met en garde contre les attaques sournoises du malin pr&ecirc;t &agrave; s&rsquo;emparer des &acirc;mes humaines (image diabolique). L&rsquo;&eacute;pouvante r&egrave;gne alors et le soir, les habitants h&eacute;sitent &agrave; sortir de leur habitation.<br />
	<br />
	Certes, les m&eacute;faits du leu sont av&eacute;r&eacute;s, surtout en p&eacute;riode de guerre, ce qui permet aussi l&rsquo;amalgame avec les autres fl&eacute;aux que redoutent la civilisation chr&eacute;tienne (pillards, meutes, &eacute;pid&eacute;mies, famines&hellip;.). De v&eacute;ritables psychoses s&rsquo;emparent des populations paysannes tant que la maleb&ecirc;te n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; d&eacute;truite, alors que les histoires les plus extraordinaires continuent &agrave; se diffuser.<br />
	&nbsp;</p>]]></description>
<link>http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/11144,mentalites-croyances-et-legendes.html</link>
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</item><item><title>Le folklore du loup.</title>
<pubDate>Tue, 02 Mar 2010 09:45:00 +0100</pubDate>
<description><![CDATA[<p style="text-align: justify">
	Dans la mentalit&eacute; m&eacute;di&eacute;vale et la culture populaire, le loup jouit d&rsquo;une place privil&eacute;gi&eacute;e. Ce fauve sauvage v&eacute;hicule, catalyse et porte en lui les craintes et les fantasmes. La peur du loup n&rsquo;est pas un vain mot, notamment parce qu&rsquo;il symbolise le Bien et le Mal. L&rsquo;Eglise s&rsquo;efforce de rapprocher la maleb&ecirc;te du diable en personne alors que les paysans transmettent mille histoires &agrave; son sujet, des plus terrifiantes aux plus &eacute;tranges, voire simplement cocasses. Canis lupus, plus que nul autre animal sauvage, est forment ancr&eacute; dans la m&eacute;moire collective.<br />
	<br />
	Consid&eacute;r&eacute; comme un fauve &agrave; part, redout&eacute;, maudit et myst&eacute;rieux, le loup joue un r&ocirc;le important dans la vie des paysans et des villageois : dans la r&eacute;alit&eacute; quotidienne o&ugrave; il fait affronter ses m&eacute;faits, mais aussi dans l&rsquo;imaginaire populaire o&ugrave; il tient une place omnipr&eacute;sente.<br />
	<br />
	Tour &agrave; tour per&ccedil;u comme un b&ecirc;te cruelle, m&eacute;chante, g&eacute;n&eacute;ratrice de plaies et de malheurs, le loup peut l&rsquo;&ecirc;tre aussi comme un animal stupide, poltron et facile &agrave; circonvenir.<br />
	<br />
	<strong>Croyances relatives au loup.<br />
	</strong><br />
	Selon les provinces, les ruraux affublent le loup de vocables diff&eacute;rents.<br />
	<br />
	&Agrave; ce propos, il n&rsquo;est pas toujours possible de savoir quand une d&eacute;termination est r&eacute;ellement apparu ; le leu &eacute;tant le mot le plus usit&eacute; pour d&eacute;crire l&rsquo;ensemble de l&rsquo;esp&egrave;ce.<br />
	<br />
	En employant un surnom ou une p&eacute;riphrase, on emp&ecirc;che l&rsquo;animal de surgir et de faire du mal. Certains p&ecirc;cheurs, ou paysans., &eacute;vitent de prononcer son nom car cela provoquerait ses m&eacute;faits.<br />
	<br />
	Les l&eacute;gendes de cr&eacute;ation dualiste expliquent l&rsquo;origine des animaux sauvages et domestiques (ferus et mansuetus) ; certains sont la r&eacute;plique du diable &agrave; l&rsquo;oeuvre divine. Dans certains pays, il est dit que lorsque Dieu fit le chien, le Diable riposta par le loup. Ailleurs le fauve appara&icirc;t comme la r&eacute;ponse diabolique &agrave; la cr&eacute;ation du mouton, conception divine par excellence. Ainsi s&rsquo;&eacute;tablit une concurrence entre le Bien et le Mal, th&egrave;me que d&eacute;veloppera jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;exacerbation l&rsquo;&eacute;glise m&eacute;di&eacute;vale.<br />
	<br />
	Sur cette m&ecirc;me base, s&rsquo;est transmis l&rsquo;id&eacute;e que le leu ne peut regarder derri&egrave;re lui qu&rsquo;en se retournant compl&egrave;tement car sa t&ecirc;te ne peut se retourner seule. Beaucoup de r&eacute;gions livrent ainsi une explication l&eacute;g&eacute;ndaire &agrave; telle ou telle caract&eacute;ristique ou pr&eacute;tendue anomalie physique du loup.<br />
	<br />
	Les pr&eacute;jug&eacute;s sont d&rsquo;ailleurs tr&egrave;s nombreux et sont souvent li&eacute;s aux chiffres.<br />
	<br />
	De la rencontre avec un leu naissent de multiples pr&eacute;sages et pratiques coutumi&egrave;res pour se pr&eacute;server de l&rsquo;animal.<br />
	<br />
	Le fauve peut alors &ecirc;tre signe de bonheur, de chance, de fortune ou de r&eacute;ussite dans les affaires. Mais la b&ecirc;te peut aussi appara&icirc;tre comme messager, notamment de malheurs. T&eacute;moin ce r&eacute;cit dans lequel un carnassier, fourvoy&eacute; dans une &eacute;glise d&rsquo;Orl&eacute;ans en 988, pr&eacute;dit des catastrophes : &laquo; Une nuit que les gardiens de l&rsquo;&eacute;glise de l&rsquo;&eacute;v&euml;ch&eacute; s&rsquo;&eacute;taient lev&eacute;s comme &agrave; l&rsquo;ordinaire pour ouvrir les portes aux fid&egrave;les qui venaient en foule chanter laudes et matines, un loup se jetant devant eux, entra brusquement dans l&rsquo;&eacute;glise, saisit la corde suspendue &agrave; la cloche et, l&rsquo;agitant avec force, se mit &agrave; sonner le toscin. Les assistants interdits par cette apparition, pouss&egrave;rent de grands cris et quoiqu&rsquo;ils n&rsquo;eussent point d&rsquo;armes, ils parvinrent cependant &agrave; chasser l&rsquo;animal. L&rsquo;ann&eacute;e suivante, toutes les maison et les &eacute;glises du m&ecirc;me Orl&eacute;ans furent la proie des flammes et personne ne douta que la malheur n&rsquo;ait &eacute;t&eacute; annonc&eacute; par le toscin du loup &raquo;.<br />
	<br />
	Depuis le Moyen Age, le loup passe pour avoir un pouvoir de fascination. Pour pr&eacute;server son troupeau, la berg&egrave;re doit voir le loup en premi&egrave;re, c&#39;est-&agrave;-dire avant que la b&ecirc;te ne la voit elle-m&ecirc;me. Charm&eacute;, le fauve devient alors inoffensif. Mais s&rsquo;il la suprend, &eacute;pouvant&eacute;e, elle ne peut &eacute;mettre aucun son. La frayeur caus&eacute; par la surprise d&rsquo;une rencontre avec le pr&eacute;dateur &ndash; lorsque celui-ci pose son regard en premier &ndash; g&eacute;n&egrave;re un spasme glottique accompagn&eacute; d&rsquo;aphonie. De nombreux t&eacute;moignages illustrent cette particularit&eacute; engendr&eacute;e par le pouvoir du leu.<br />
	<br />
	Enfin, pour conjurer ce vilain sort dont le loup est cens&eacute; &ecirc;tre l&rsquo;instigateur (l&rsquo;aphonie peut durer plus d&rsquo;une semaine), il exista plusieurs proc&eacute;d&eacute;s (se d&eacute;coiffer et courir face au loup, faire une offrande &agrave; Saint Loup&hellip;.).<br />
	<br />
	<strong>Proc&eacute;d&eacute;s magiques et empiriques.<br />
	<br />
	</strong>Face au danger repr&eacute;sent&eacute; par cet animal sauvage, le monde rural dispose d&rsquo;innombrables moyens de d&eacute;fense : des proc&eacute;d&eacute;s traditionnels empiriques, souvent magiques, fond&eacute;s sur l&rsquo;observation et la connaissance des moeurs du loup et des proc&eacute;d&eacute;s mat&eacute;riels mettant &agrave; contribution objets et outils du quotidien.<br />
	<br />
	Parmi les plus anciens, les pri&egrave;res aux formules pr&eacute;cises et diverses incantations ont, soi-disant, le pouvoir d&rsquo;&eacute;loigner le pr&eacute;dateur, de l&rsquo;emp&ecirc;cher de commettre ses exactions, et plus concr&egrave;tement de pr&eacute;server les hommes et les troupeaux. Le c&eacute;l&egrave;bre Paten&ocirc;tre du Loup en est un parfait exemple.<br />
	<br />
	&laquo; Au nom du P&egrave;re, du Fils, du Saint Esprit, loups et louves je vous conjure et charme, je vous conjure au nom de la tr&egrave;s sainte et sursainte, comme Notre Dame fut enceinte, que vous n&rsquo;ayez &agrave; prendre, ni &eacute;carter aucune des b&ecirc;tes de mon troupeau, soit aigneaux, soit brebis, soit moutons&hellip;. ni leur faire aucun mal &raquo;.<br />
	(paten&ocirc;tre du loup de 1741 certes, mais assez fid&egrave;le aux pri&egrave;res m&eacute;di&eacute;vales).<br />
	<br />
	Les variantes r&eacute;gionales de cette pri&egrave;re, comme des autres proc&eacute;d&eacute;s, sont presque infinies.<br />
	<br />
	&laquo; Louve, louve ou louvinet, je te conjure de la part du grand Dieu vivant ; tu n&rsquo;auras pas de pouvoir sur moi ni sur les b&ecirc;tes qui sont &agrave; ma charge, pas plus que le grand Diable n&rsquo;en a sur le pr&ecirc;tre &agrave; l&rsquo;autel, quand il c&eacute;l&egrave;bre la messe : Que le bon Saint Georges te ferme la gorge, Que le bon Saint Jean te casse les dents &raquo;<br />
	(Ardennes).<br />
	<br />
	&laquo; Pater du loup, ventre vid&eacute;, ventre saoul, sauf chez moi, va-t&rsquo;en partout &raquo; (Gascogne).<br />
	<br />
	Il pouvait arriver &agrave; la berg&egrave;re de r&eacute;citer un Pater &agrave; l&rsquo;envers quand elle voit venir le loup.<br />
	<br />
	Certains bergers faisant de plus ouvertement profession de sortil&egrave;ges et de magie (sous le regard s&eacute;v&egrave;re de l&rsquo;&eacute;glise) afin de louer leurs services en tant que gardien de b&eacute;tail. Ils pr&eacute;servaient les b&ecirc;tes du pr&eacute;dateur en usant de charmes et de cercles.<br />
	<br />
	Effectu&eacute;es &agrave; des jours pr&eacute;cis, certaines coutumes &eacute;taient sens&eacute;es prot&eacute;ger les b&ecirc;tes de la dent meurtri&egrave;re du loup. Les c&eacute;r&eacute;monies presque rituelles variaient d&rsquo;une pays &agrave; l&rsquo;autre : &laquo; faire faire carnaval au loup &raquo; en lui partageant des reliefs de repas &agrave; Mardi Gras, jeter une omoplate de mouton par-dessus le toit de la bergerie en pronon&ccedil;ant une formule afin de pr&eacute;server le troupeau pour l&rsquo;ann&eacute;e, pr&eacute;parer une palette de porc dont les restes mang&eacute;s &agrave; P&acirc;ques ou &agrave; Mardi Gras &eacute;taient jet&eacute;s du toit jusqu&rsquo;au lointain, etc&hellip;. Un de ces proc&eacute;d&eacute;s ritualis&eacute;s le plus connu est certainement le fameux Gateau du Loup &agrave; la forme traditionnellement triangulaire.<br />
	<br />
	&Agrave; noter &eacute;galement, l&rsquo;existence de la Tuile &agrave; Loup qui, par son ouverture dans la toiture, permettait de faire siffler un son que les paysans esp&eacute;raient r&eacute;pulsif lors des soir&eacute;es vent&eacute;es. L&rsquo;orifice permettait, &agrave; d&eacute;faut, de voir la b&ecirc;te venir.<br />
	<br />
	Les pratiques occultes visant &agrave; la protection du b&eacute;tail, les coutumes pastorales accompagn&eacute;es d&rsquo;incantations, les pri&egrave;res adress&eacute;es aux saints se d&eacute;veloppent tout au long du moyen &acirc;ge. Les pr&eacute;parations magiques et les petits objets li&eacute;s &agrave; la superstition ( produits &agrave; partir d&rsquo;une &laquo; pi&egrave;ce &raquo; de l&rsquo;animal ou d&rsquo;un instrument de la vie quotidienne dont la vocation &eacute;tait &agrave; l&rsquo;origine totalement diff&eacute;rente) suivent une m&ecirc;me &eacute;volution cr&eacute;atrice.<br />
	<br />
	Exemple de la supersition collective : la berg&egrave;re cache le nombre pr&eacute;cis de ses moutons car d&eacute;voiler le chiffre exact les exposerait &agrave; le voir prochainement r&eacute;duit par le fait du loup. Les berg&egrave;res recouvrent tr&egrave;s souvent &agrave; des saints protecteurs du b&eacute;tail : Sainte Genevi&egrave;ve, Saint Blaise, Saint Gilles et surtout Saint Loup (de par son son nom qui met le met en lien avec son homonyme sauvage).<br />
	<br />
	P&eacute;lerinages et offrandes restent des pratiques habituelles dans la monde pastoral. Des sites affili&eacute;s &agrave; certains saints permettent de ne plus craindre le loup apr&egrave;s y avoir &eacute;t&eacute; en p&egrave;lerinage. Par exemple, sainte Agathe emp&ecirc;che les hommes et les b&ecirc;tes qui ont &eacute;t&eacute; en p&eacute;l&eacute;rinage d&rsquo;avoir peur du loup. Saint Herv&eacute; prot&eacute;ge du carnassier ceux qui ont lui fait offrande (de beurre), ce saint aveugle avait lui-m&ecirc;me &eacute;t&eacute; guid&eacute; par un loup.<br />
	<br />
	Ces croyances m&ecirc;lent la religion populaire &agrave; des pratiques issues du paganisme ancien. En s&rsquo;imposant, l&rsquo;&eacute;glise a transform&eacute; certains rites et les a orient&eacute; vers la v&eacute;n&eacute;ration d&rsquo;un saint et la possession d&rsquo;objets de culte. Parall&egrave;lement &agrave; ces proc&eacute;d&eacute;s secrets empris ou non de croyances religieuses, il existait au moyen &acirc;ge de nombreux moyens mat&eacute;riels de protection et de pr&eacute;servation. Des pratiques simples, souvent collectives, mettent &agrave; contribution divers instruments et objets courants. Ces moyens de d&eacute;fense primaire visaient surtout &agrave; faie fuir la b&ecirc;te.<br />
	<br />
	Le cri &laquo; Harloup ! &raquo; ou &laquo; Au loup ! &raquo; retentissait d&egrave;s que la b&ecirc;te &eacute;tait vu (en premier bien s&ucirc;r), chacun sort alors de chez soi avec fouches et b&acirc;tons pour courir sus &agrave; l&rsquo;animal. Dans les p&acirc;turages, les berges communiquent gr&acirc;ce &agrave; des cris et des cornes qui leur permettent de signaler la pr&eacute;sence probable d&rsquo;un leu.<br />
	<br />
	Les objets les plus communs n&rsquo;ont qu&rsquo;un seul but : mettre la maleb&ecirc;te en fuite. Quand un loup appara&icirc;t, le berger quittait ses sabots et les frappait tr&egrave;s fort l&rsquo;un contre l&rsquo;autre. Le bruit effrayait le fauve. Dans d&rsquo;autres cas, un simple jet de pierres suffisait. Des petits instruments en bois vrombissant ou cliquetant pouvaient aussi &ecirc;tre usit&eacute;s (plus tard appel&eacute; rhombe ou remette). Des colliers &agrave; loups prot&egrave;gent efficacement les chiens de garde. Partout, les paysans constatent que la b&ecirc;te noire a peur de la lumi&egrave;re : le feu &eacute;tait donc largement employ&eacute; pour &eacute;loigner l&rsquo;animal. La fameuse lanterne &agrave; loup &eacute;tait connue pour son efficacit&eacute; accrue en raison de petits trous et des d&eacute;coupes qui donnaient des lueurs scintillantes.<br />
	<br />
	Enfin, priv&eacute;s d&rsquo;armes en g&eacute;n&eacute;ral, les ruraux se d&eacute;fendaient avec des fouches &agrave; loups (&agrave; deux piques espac&eacute;e d&rsquo;une gorge de loup, voire d&rsquo;une dent centrale suppl&eacute;mentaire).<br />
	<br />
	Un indice de la forte pr&eacute;sence du loup dans les mentalit&eacute;s se rel&egrave;ve &eacute;galement dans l&rsquo;abondance d&rsquo;objets de la vie quotidienne qui ont emprunt&eacute; leur nom &agrave; l&rsquo;animal, ou &agrave; une de ses parties anatomiques, bien que leur emploi n&rsquo;ait strictement rien &agrave; voir avec le fauve pour s&rsquo;en prot&eacute;ger ou pour l&rsquo;abattre.<br />
	<br />
	Il en est de m&ecirc;me pour certaines esp&egrave;ces animales ou v&eacute;g&eacute;tales. Par exemple dans ce dictionnaire lupin :<br />
	queue de loup, t&ecirc;te de loup (brosse) dent de loup (clou), louve (outil de fer), &eacute;tapier du loup (bourreau)&hellip;.<br />
	Loup de rivi&egrave;re (loutre), loup de mer, l&rsquo;herbe aux loups, la vesse-de-loup, la gueule-de-loup, le lupin&hellip;.<br />
	<br />
	&nbsp;</p>]]></description>
<link>http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/11143,le-folklore-du-loup.html</link>
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</item><item><title>La Chasse au Leu</title>
<pubDate>Tue, 02 Mar 2010 09:40:00 +0100</pubDate>
<description><![CDATA[<p style="text-align: justify">
	<strong>Lutter contre le loup<br />
	</strong><br />
	Depuis que l&rsquo;homme est devenu &eacute;leveur, la comp&eacute;tition avec le loup est r&eacute;elle ; les soci&eacute;t&eacute;s m&eacute;di&eacute;vales, villageoises ou paysannes, consid&egrave;rent le fauve comme un nuisible qu&rsquo;il faut d&eacute;truire par tous les moyens. Le loup est consid&eacute;r&eacute; comme un danger pour les animaux domestiques, le gibier, l&rsquo;homme et m&ecirc;me pour l&rsquo;&acirc;me de ce dernier.<br />
	<br />
	Cette lutte s&eacute;culaire puise son origine dans une institution cr&eacute;&eacute;e au IXe si&egrave;cle pour r&eacute;glementer la destruction du loup. Depuis Charlemagne, les pouvoirs en place encouragent la chasse au leu et soutiennent diverses techniques de capture &eacute;labor&eacute;es. Aussi, par les actions conjugu&eacute;es de la louveterie, de la chasse individuelle, des battues collectives et des multiples proc&eacute;d&eacute;s d&rsquo;&eacute;limination mis en place par la soci&eacute;t&eacute; rurale, la menace est grande pour l&rsquo;esp&egrave;ce lupine.<br />
	<br />
	La louveterie, une institution mill&eacute;naire.<br />
	<br />
	D&egrave;j&agrave; vers la fin du Ve si&egrave;cle, une loi burgonde r&eacute;glemente en partie la chasse au loup. Mais Charlemagne, dont les gardes g&egrave;rent les for&ecirc;ts, met en place une v&eacute;ritable organisation officielle dans le but d&rsquo;&eacute;radiquer la prolif&eacute;ration de l&rsquo;esp&egrave;ce. En 813, un capitulaire charge ses comtes de d&eacute;signer dans chacun de leurs domaines des officiers dont la fonction consiste &agrave; chasser le leu. Ces luparii tiennent leur ma&icirc;tre inform&eacute; des destructions op&eacute;r&eacute;es et lui envoient la peau des b&ecirc;tes. Chaque ann&eacute;e au mois de mai, ils font poursuivre les louveteaux et peuvent les prendre avec des poudres empoisonn&eacute;es, des crochets, des chiens et des fosses. Les adultes peuvent, de plus, &ecirc;tre traqu&eacute;es par d&rsquo;autres mani&egrave;res. Ces luparii b&eacute;n&eacute;ficient de privil&egrave;ges.<br />
	<br />
	&Agrave; l&rsquo;&eacute;poque f&eacute;odale, baillis et s&eacute;n&eacute;chaux d&eacute;truisent les fauves dans le cadre du comt&eacute;, tandis que sur les domaines royaux, des louvetiers r&eacute;tribu&eacute;s s&rsquo;en chargent. La chasse au loup devient une activit&eacute; fort pris&eacute;e par les nobles et la royaut&eacute;. Le roi Louis d&rsquo;Outremer n&rsquo;est-il pas mort d&rsquo;une chute de cheval survenue au cours de la poursuite d&rsquo;un loup.<br />
	<br />
	En 1308 appara&icirc;t le premier titre de Louvetier du Roi. Gilles de Rougeau en 1308 puis<br />
	Pierre le Besu en 1323 deviennent les louvetiers de Phillipe le Bel et de Charles IV.<br />
	<br />
	Les louvetiers disposent toujours de privil&egrave;ges et de droits. &Agrave; cause de nombreux abus, Charles VI supprime par ordonnance cette fonction (les veneurs subsistent) mais, devant la recrudescence des d&eacute;g&acirc;ts commis par les loups, le roi r&eacute;tablit la louveterie en 1404. Bien plus tard, Louis XI cr&eacute;e la charge de Grand Louvetier de France qu&rsquo;il confie &agrave; Pierre Hannequeau.<br />
	<br />
	Les techniques employ&eacute;es sont vari&eacute;es : chasse mont&eacute;e avec meute de chiens, traque au terrier, pi&egrave;geages,<br />
	chasse au tir, au filet, aff&ucirc;t, utilisation d&rsquo;armes et de composants divers.<br />
	<br />
	<strong>Chronologie de la louveterie<br />
	</strong><br />
	. Fin du Ve Si&egrave;cle :&quot;Loi Burgonde&quot;. R&eacute;glementation partielle de la chasse au loup.<br />
	. Au IXe Si&egrave;cle :&quot;Capitulaire de Charlemagne&quot;. En l&#39;an 813, cr&eacute;ation des &quot;Luparii&quot;, chasseurs de loups sur les terres de l&#39;Empereur.<br />
	. Jusqu&#39;&agrave; la fin du XIII&egrave;me Si&egrave;cle :<br />
	<br />
	Peu de traces d&ucirc; &agrave; l&#39;effondrement de l&#39;administration carolingienne &agrave; l&#39;exception des ann&eacute;es 1202, 1203 et 1206 o&ugrave; ont &eacute;t&eacute; retrouv&eacute;s des &eacute;tats de versements et de primes concernant la chasse aux loups&hellip;<br />
	<br />
	C&#39;est le d&eacute;but de la militarisation de la louveterie.<br />
	. En 1308 : Apparition du premier titre de Louvetier du Roi, &quot;Gilles le Rougeau&quot; devint le louvetier de &quot;Philippe le Bel&quot;.<br />
	. En 1323 : &quot;Pierre le Besu&quot; devint le louvetier de &quot;Charles IV&quot;. La chasse aux loups devint de plus en plus une activit&eacute; fortement pris&eacute;e par l&#39;aristocratie et la noblesse.<br />
	. En 1395 : &quot;Ordonnance de Charles VI&quot; Suppression du corps de la louveterie &agrave; cause d&#39;abus de privil&egrave;ges de ses officiers et par souci de popularit&eacute; pour le Roi.<br />
	. En 1404 : &quot;Nouvelle ordonnance de Charles VI&quot; Reconstitution du corps de la louveterie avec de nouveaux privil&egrave;ges.<br />
	<br />
	Ce retournement de situation est d&ucirc; &agrave; la recrudescence des loups qui ravagent les terres du Roi (guerres, famines, maladies &agrave; cette &eacute;poque sombre).<br />
	. En 1466 : Cr&eacute;ation de la charge de Grand Louvetier de France par &quot;Louis XI&quot;, qui le remet &agrave; un grand officier de la couronne issu de la noblesse : &quot;Pierre Hannequeau&quot;. Par la suite, c&#39;est &quot;Antoine de Cr&egrave;vecoeur&quot; qui lui succ&eacute;da &agrave; la charge de Grand Louvetier.<br />
	. En 1479 : C&#39;est au tour de &quot;Fran&ccedil;ois de la Boissi&egrave;re&quot; d&#39;&ecirc;tre nomm&eacute; Grand Louvetier de &quot;Louis XI&quot;.<br />
	. En 1520 : &quot;Ordonnance de Fran&ccedil;ois Ier&quot; R&eacute;organisation et officialisation de la louveterie en tant que grande institution militaire royale. (d&eacute;but de la Renaissance)<br />
	<br />
	<strong>Droits et privil&egrave;ges de la louveterie<br />
	<br />
	</strong>Au IX&egrave;me si&egrave;cle :<br />
	- Autorisation du port de l&#39;arme,<br />
	- Exempt du service dans les arm&eacute;es,<br />
	- Droit de g&icirc;te dans les campagnes avec leur &eacute;quipage,<br />
	- Pr&eacute;l&egrave;vement de la &quot;qu&ecirc;te du loup&quot;, prime pour la chasse au loup (la peau de l&#39;animal faisant foi) et la protection des habitants, pay&eacute;e g&eacute;n&eacute;ralement en nature.<br />
	- R&eacute;quisition d&#39;une mesure de grains sur les lev&eacute;es faites pour le compte de l&#39;Empereur, puis du Roi,<br />
	<br />
	A partir du XIIe si&egrave;cle :<br />
	- Exempt de la &quot;Taille&quot;, taxe personnelle,<br />
	- Autorisation du port des couleurs du Roi,<br />
	- Exempt des patrouilles de garde, de guet et des corv&eacute;es des Gens d&#39;armes.<br />
	<br />
	Au d&eacute;but du XV&egrave;me si&egrave;cle :<br />
	- Prime de deux deniers Parisis par t&ecirc;te de loup, quatre deniers Parisis par peau de louve dans toutes les paroisses situ&eacute;es dans un rayon de deux lieues autour de l&#39;endroit o&ugrave; la b&ecirc;te &agrave; &eacute;t&eacute; prise.<br />
	<br />
	Au XVI&egrave;me si&egrave;cle :<br />
	- Droit de chasse &agrave; cour deux fois par mois dans les For&ecirc;ts Imp&eacute;riales,<br />
	- Entretien de son &eacute;quipage par le Tr&eacute;sor Royal.<br />
	<br />
	<strong>La lutte individuelle<br />
	</strong></p>
<p style="text-align: justify">
	Tr&egrave;s souvent, avec des moyens de fortune, les paysans affrontent seuls le loup qui s&rsquo;aventure pr&egrave;s de la bergerie ou surgit dans les pacages. Isol&eacute;e, fortuite, spontann&eacute;e et irr&eacute;fl&eacute;chie, effectu&eacute;e par des gens arm&eacute;s ou non agissant seuls, cette chasse indivuduelle devient un acte de l&eacute;gitime d&eacute;fense qui s&rsquo;oppose &agrave; la chasse collective, organis&eacute;e et r&eacute;glement&eacute;e.<br />
	<br />
	D&egrave;s le XVe si&egrave;cle, les ruraux obtiennent le droit de chasser le leu sans que cela porte atteinte &agrave; un quelconque droit seigneurial. Dans une ordonnance cabochienne de 1413, Charles VI affirme que toute personne puisse prendre des loups et des loutres sans porter pr&eacute;judice aux droits de garenne des seigneurs, et m&ecirc;me de recevoir une paie pour cela.<br />
	<br />
	Lorsque le paysan se retrouve face &agrave; la maleb&ecirc;te, la destruction se fait le plus souvent par des moyens de fortune, c&#39;est-&agrave;-dire avec ce qu&rsquo;il a sous la main : serpe, hache, faux, fourche, fl&eacute;au, houlette, b&acirc;ton peuvent devenir des armes redoutables.<br />
	<br />
	Vers&eacute;es depuis des temps recul&eacute;es, des primes incitent les ruraux &agrave;<br />
	lutter contre le loup en le d&eacute;truisant. La traque de louveteaux, au printemps, devient m&ecirc;me parfois une<br />
	activit&eacute; fort pris&eacute;e car lucrative.<br />
	<br />
	Les premiers Cap&eacute;tiens r&eacute;tribuent chaque fauve tu&eacute; dans leurs domaines : par exemple, le Journal du Tr&eacute;sor de 1297 constate une d&eacute;pense de soixante sols pour la prise de douze louveteaux. Mais dans certaines seigneuries, aucune compensation financi&egrave;re n&rsquo;existe : dans quelques localit&eacute;s, les paysans &eacute;taient soumis &agrave; l&rsquo;obligation de chasser eux-m&ecirc;mes les animaux nuisibles par corv&eacute;e. Charles V, par un &eacute;dit de 1377, exon&egrave;re les habitants de Nogent-sur-Marne de la charge de poursuivre les loups, sangliers et autres b&ecirc;tes nuisibles dans la for&ecirc;t de Bondy, moyennant redevance de trois charret&eacute;es de foin pour le service du Roi &agrave; Vincennes.<br />
	<br />
	<strong>L&rsquo;art de pi&eacute;ger le loup</strong>.<br />
	<br />
	Le chasseur utilise une multitude de pi&egrave;ges et de moyens &eacute;labor&eacute;es pour lutter contre canis lupus. Au fil des si&egrave;cles, habitu&eacute; &agrave; observer les comportements du gibier, l&rsquo;homme met au point des engins et des ruses pour tromper et capturer les b&ecirc;tes sauvages. Les progr&egrave;s des techniques de la chasse au loup suivent ceux de la civilisation.<br />
	<br />
	D&rsquo;ailleurs, les trait&eacute;s d&rsquo;agriculture et les ouvrages de chasse donnent mille et une fa&ccedil;ons sournoises et proc&eacute;d&eacute;s infaillibles pour prendre le leu. Au XIV&egrave; si&egrave;cle, le Livre de la Chasse du Comte de Foix, Gaston Ph&eacute;bus, richement illustr&eacute; de superbes miniatures, d&eacute;crivant avec minutie les techniques de chasse et de pi&egrave;geage, servira de r&eacute;f&eacute;rence &agrave; des g&eacute;n&eacute;rations de chasseurs et de veneurs. R&eacute;sumant les diverses mani&egrave;res de prendre la b&ecirc;te noire, le Comte Ph&eacute;bus note : &laquo; On le prend soit &agrave; force ou aux l&eacute;vriers soit aux lacs ou aux cordes ; mais s&rsquo;il est pris en un lac ou autres cordes, quelles qu&rsquo;elles soient, il les coupe merveilleusement vite avec ses dents, si on arrive asez t&ocirc;t pour le tuer. On le prend aux fosses, aux aiguilles, hausse-pieds et poudres venimeuses qu&rsquo;on leur donne dans de la viande, et de beaucoup d&rsquo;autres mani&egrave;res &raquo;.<br />
	<br />
	Les panneaux s&rsquo;utilisent &eacute;galement pendant le Moyen Age. Ces filets de forte ficelle de sept &agrave; huit pieds de haut et de quatre ou cinq cent de longueur, tendus au moyen de c&acirc;bles tombent sur le loup attir&eacute; par un app&acirc;t et l&rsquo;enveloppe quand il donne sur les rets.<br />
	<br />
	En 1379, dans le Livre du Roy Modius et de la Reine Ratio, Jean de Ferri&egrave;res explique l&rsquo;utilisation de ce pi&egrave;geage : &laquo; Les panneaux doivent &ecirc;tre forts, l&eacute;gers et fins, de fil fil&eacute;, cord&eacute; et tr&egrave;s peu tordu, et vos chiens et vos d&eacute;fenses seront post&eacute;s bien loin du buisson, au-dessous du vent. Tends tes panneaux dans des fourches aussi haut qu&rsquo;un homme peut lever le coude (&hellip;). <br />
	<br />
	L&rsquo;homme qui porte le panneau le mettra en &eacute;charppe par-dessus son &eacute;paule et devra aller &agrave; reculons &agrave; travers le fourr&eacute;, et un autre derri&egrave;re lui posera et serrera le panneau de la m&ecirc;me fa&ccedil;on qu&rsquo;on met un panneau &agrave; lapins (...). <br />
	<br />
	Si un loup vient, le garde doit le laisser passer son aff&ucirc;t, puis lui jettera un de ses b&acirc;tons sans sonner mot, car s&rsquo;il parlait le loup rebrousserait chemin. Si le loup donne dans le panneau, le garde lui mettra le b&acirc;ton qui lui reste dans la gueule et le tuera d&rsquo;un coup d&rsquo;&eacute;p&eacute;e.<br />
	<br />
	L&rsquo;usage de la fosse au loup se constate &agrave; la p&eacute;riode m&eacute;di&eacute;vale. Creus&eacute; dans un endroit non inondable, une clairi&egrave;re, une lande ou &agrave; l&rsquo;or&eacute;e d&rsquo;un bois, ce trou de quatre ou cinq m&egrave;tres de profondeur doit &ecirc;tre plus large au fond qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;ouverture, afin que les parois soient en surplomb. Ainsi, le loup pris au pi&egrave;ge ne pourra s&rsquo;&eacute;chapper. Au milieu de la fosse, on plante un pieu surmont&eacute; d&rsquo;une petite plate-forme tenu au bord par des baguettes excessivement fragiles ; puis on recouvre le tout d&rsquo;herbes, de feuilles s&egrave;ches, de paille, suivant les localit&eacute;s. Sur la plate-forme, on attache un app&acirc;t, souvent une oie ou une cane vivante. Le loup est alors attir&eacute; par la proie et tombe au fond de la fosse o&ugrave; se trouve parfois, pour plus de succ&eacute;s, un pieu ac&eacute;r&eacute;.<br />
	<br />
	La chambre &agrave; loup est une variante de ce type de pi&egrave;ge (aussi appel&eacute; cage &agrave; pieux, parc ou &laquo; louvi&egrave;re &raquo;). L&rsquo;id&eacute;e est de former une enceinte circulaire d&rsquo;environ une toise de diam&egrave;tre avec des pieux solidement plant&eacute;s en terre &agrave; la distance d&rsquo;un demi-pied (de sorte de faire une cl&ocirc;ture circulaire). Au centre de l&rsquo;enceinte se trouve une brebis vivante, attach&eacute;e et poss&egrave;dant plusieurs sonnettes au cou. On plante ensuite d&rsquo;autres pieux &eacute;galement dispers&eacute;s de six pouces entre eux, pour former ext&eacute;rieurement une seconde enceinte &eacute;loign&eacute;e de la premi&egrave;re d&rsquo;environ deux pieds. On laisse &agrave; cette seconde enceinte une ouverture, avec une porte du c&ocirc;t&eacute; gauche, qui permet au loup d&rsquo;entrer seulement &agrave; droite. Une fois entr&eacute; entre les deux enceintes, la b&ecirc;te va toujours de l&rsquo;avant, esp&eacute;rant saisir la proie ; et quand il est parvenu &agrave; l&rsquo;endroit par lequel il est entr&eacute;, ne pouvant se retourner, il ferme lui-m&ecirc;me la porte en allant de l&rsquo;avant. Le fauve est alors captur&eacute; vivant.<br />
	<br />
	Les pi&egrave;geurs confectionnent aussi des hausses-pieds compos&eacute; &laquo; d&rsquo;un brin de taillis, dont on courbe le sommet jusqu&rsquo;&agrave; un m&egrave;tre de terre environ et qu&rsquo;on retient ainsi courb&eacute; en le faisant entrer l&eacute;g&egrave;rement dans une encoche faite &agrave; quelque arbre qui se trouve en face, ou &agrave; un pieu qu&rsquo;on enfonce expr&egrave;s. A ce brin de taillis est attach&eacute;e une cordelette, souvent de chanvre, qui forme un noeud coulant. On place la boucle dans la coul&eacute;e que doit suivre l&rsquo;animal et lorsque celui-ci s&rsquo;engage dans la boucle, le mouvement qu&rsquo;il imprime au brin de taillis le fait sortir de l&rsquo;encoche.<br />
	<br />
	Ce brin se redresse avec rapidit&eacute; et enl&egrave;ve de terre soit par le pied, soit par le cou, le loup qui s&rsquo;est laiss&eacute; prendre dans le noeud coulant &raquo;.<br />
	<br />
	L&rsquo;utilisation de boulettes de viandes farcies d&rsquo;aiguilles montre &agrave; quel point l&rsquo;homme a su concevoir des moyens atroces pour &eacute;radiquer les b&ecirc;tes sauvages. De nouveau, l&rsquo;oeuvre de Gaston Ph&eacute;bus apporte de nombreuses pr&eacute;cisions : &laquo; on peut prendre aussi les loups aux aiguilles, de la mani&egrave;re suivante : on aura autant d&rsquo;aiguilles qu&rsquo;on voudra et on les r&eacute;unira deux par deux, l&rsquo;une pr&egrave;s de l&rsquo;autre, avec du crin de cheval ou de jument, et quand on aura li&eacute; six ou sept rangs, on tordra une aiguille dans un sens et l&rsquo;autre en sens contraire. Quand elles seront bien crochues, on les remettra en place l&rsquo;une aupr&egrave;s de l&rsquo;autre et on les glissera dans un morceau de viande plus &eacute;pais et plus long que les aiguilles elles-m&ecirc;mes. Puis le chasseur fera sa tra&icirc;n&eacute;e et laissera ensuite un morceau de viande en un lieu et un autre plus loin. Et les loups qui viendront, poursuivant la tra&icirc;n&eacute;e, trouveront ces morceaux de viande enveloppant les aiguilles et, comme ils seront petits, ils les engloutiront sans les m&acirc;cher. Quand la viande sera dig&eacute;r&eacute;e, les aiguilles tordues se redresseront, et se mettront en croix, et perceront les boyaux du loup qui en mourra. On fait de m&ecirc;me avec des crochets semblables &agrave; des hame&ccedil;ons, avec un bec de part et d&rsquo;autre ; mais les aiguilles sont pr&eacute;f&eacute;rables &raquo;.<br />
	<br />
	Si en 813, Charles Magnus invite les luparii &agrave; prendre les loups &laquo; avec des poudres empoisonn&eacute;es &raquo;, il semble que l&rsquo;utilisation, bien que r&eacute;elle au Moyen Age, n&rsquo;ait vraiment pas &eacute;t&eacute; le mode principale de destruction de la b&ecirc;te. Il n&rsquo;est pas aussi facile qu&rsquo;on pourrait le croire d&rsquo;empoisonner un loup. Quoique tr&egrave;s vorace, il est aussi tr&egrave;s m&eacute;fiant ; il &eacute;vente la moindre trace de l&rsquo;homme et il faut user de moultes pr&eacute;cautions dans la pr&eacute;paration de l&rsquo;app&acirc;t. De plus, certaines substances ne le tuent pas, entra&icirc;nant de simples vomissement mais engendrant une m&eacute;fiance accrue de la b&ecirc;te pour ces leurres. L&rsquo;emploi de poison restait tout de m&ecirc;me attest&eacute; tout au long du Moyen Age mais il representait un inconv&eacute;nient pour les louvetiers. En effet, le loup allait mourir au fond du bois et de ce fait, il n&rsquo;&eacute;tait pas retrouv&eacute;. Pas de loup, pas de prime pour le louvetier.<br />
	<br />
	En 1336, les louvetiers bourguignons ach&egrave;tent &laquo; onze chevaux pour faire amors pour pandre et empoisonner les ditz loups &raquo;. Un exemple de cette m&eacute;saventure caus&eacute;e par la non retribution de la chasse lorsque l&rsquo;animal, pourtant mort, n&rsquo;&eacute;tait pas pr&eacute;sent&eacute; aux autorit&eacute;s, arriva en 1336 &agrave; Nicolas le Louvier. Ce dernier expliqua pourtant les faits du Duc qui n&rsquo;en tint pas compte dans le calcul de la prime : &laquo; Pour le salaire dudit Nicolas qui ou dit temps trouva quatre loups mors des poisons qui il faisoit seing plusieurs autres loups que on ne pot trouver. Pour chacun des dits loups : XX sous. Pour ce : 4 livres &raquo;. Vingt sous &eacute;galent une livre, le pauvre louvetier a donc &eacute;t&eacute; pay&eacute; pour quatre leus malgr&eacute; les autres &laquo; que on ne pot trouver &raquo;.<br />
	<br />
	Aussi les louvetiers bourguigons, plus soucieux du poids de leur bourse, pr&eacute;f&eacute;r&egrave;rent-ils les filets et les pi&egrave;ges qui leur assuraient de rapporter un troph&eacute;e. Le souci de leur salaire alla m&ecirc;me plus loin : pour s&rsquo;assurer, en quelque sorte, la s&eacute;curit&eacute; de l&rsquo;emploi, les louvetiers &eacute;pargnaient les louves dans la mesure du possible. Des comparaisons sur le nombre de prise (m&acirc;le et femelle) entre deux r&eacute;gions sont flagrantes. La premi&egrave;re, Bourguignonne, employait des officiers de louveterie, la seconde, la Normandie, n&rsquo;en employant pas.<br />
	<br />
	En Bourgogne, le nombre total de loups pris est largement sup&eacute;rieur mais il n&rsquo;existe pas d&rsquo;&eacute;quilibre entre loups et louves. Les m&acirc;les &eacute;tant tr&egrave;s amplement chass&eacute;s alors que les femelles, dont les dominantes qui se reproduisent, b&eacute;n&eacute;ficient de certaines faveurs. Il n&rsquo;&eacute;tait pas exclu qu&rsquo;une louve prise vivante dans un pi&egrave;ge (par exemple dans une chambre &agrave; loup) soit rel&acirc;ch&eacute;e, gage de l&rsquo;avenir de la profession.<br />
	<br />
	<strong>Hu&eacute;e et battues collectives<br />
	</strong><br />
	Les hu&eacute;es, traques ou battues aux loups, n&rsquo;entrent pas dans les actes de l&eacute;gitime d&eacute;fense ou de chasse individuelle, mais repr&eacute;sentent l&rsquo;aspect collectif de la lutte contre le pr&eacute;dateur. Elabor&eacute;s par la seigneurie et surtout les louvetiers, jouissant de cette pr&eacute;rogative, elles r&eacute;quisitionnent la population rurale. Ces battues illustrent la volont&eacute; du pouvoir de prendre en main la destruction de l&rsquo;esp&egrave;ce.<br />
	<br />
	Le louvetier pouvait survenir &agrave; n&rsquo;importe quelle p&eacute;riode de l&rsquo;ann&eacute;e et imposait aux villageois de dures journ&eacute;es de chasse. Plusieurs villages pouvaient &ecirc;tre appel&eacute;s pour se joindre &agrave; ces &laquo; hues &raquo;. La louveterie avait pour cela une mauvaise image car elle faisait perdre du temps pr&eacute;cieux aux paysans d&eacute;j&agrave; accabl&eacute;s par la travail et en plus ils n&rsquo;&eacute;taient pas pay&eacute;s. Pire, selon les lieux et les &eacute;poques, ils devaient participer &agrave; la r&eacute;tribution du louvetier. L&rsquo;ordre pouvait &eacute;galement &ecirc;tre donn&eacute; par le seigneur, qui se chargeait alors de sa r&eacute;alisation et de son organisation.<br />
	<br />
	Les rebellions facent aux louvetiers ne manqu&egrave;rent pas, mais ce n&rsquo;&eacute;tait que juste retour des abus que perp&eacute;tuaient ces veneurs au nom de leur droit.<br />
	<br />
	Les battues aux loups, bien que cela n&rsquo;&eacute;tait nullement obligatoire, se d&eacute;roulaient surtout au printemps (mise bas des louves) et en hiver (loups affam&eacute;s). En r&eacute;gle g&eacute;n&eacute;rale, une &laquo; hue &raquo; &eacute;tait organis&eacute;e : on distinguait les traqueurs et les tireurs. Les premiers, gens du monde rural, se contentaient de rabattre les animaux vers les seconds, officiers louvetiers, veneurs et seigneurs. Les chiens accompagnaient les traqueurs mais il &eacute;tait interdit pour un paysan de chasser une autre b&ecirc;te. Les tireurs &eacute;taient embusqu&eacute;s &agrave; un point strat&eacute;gique mais ils pouvaient aussi les chasser &agrave; cheval. Une battue mineure pouvait donner lieu &agrave; une chasse &agrave; courre.<br />
	<br />
	Une autre type de chasse au loup est la chasse &agrave; courre. Cette derni&egrave;re ne concerne que l&rsquo;aristocratie et ses hordes de louvetier. Qui plus est elle est normalement destin&eacute;e &agrave; des chasses plus nobles telles que celle du cerf (b&ecirc;tes rouges) et du sanglier.<br />
	<br />
	Elle consiste &agrave; rep&eacute;rer et &agrave; poursuivre l&rsquo;animal &agrave; cheval avec une meute de chiens. Quand le fauve est &eacute;puis&eacute;, il est tu&eacute; &agrave; l&rsquo;aide d&rsquo;un &eacute;pieu, d&rsquo;une lance, d&rsquo;une dague ou, plus noble, d&rsquo;une &eacute;p&eacute;e.<br />
	<br />
	La chasse &agrave; courre, exclusivement r&eacute;serv&eacute;e aux seigneurs, exige un personnel nombreux et exp&eacute;riment&eacute; : veneurs ou chasseurs (dont des louvetiers appel&eacute;s pour l&rsquo;occasion ou alors permaments du domaine), valets de chiens. L&rsquo;&eacute;ducation d&rsquo;un bon veneur est longuement d&eacute;crit dans le Livre de la Chasse du Comte de Foix. Les chiens (deux races : ombriens et molosses) occupent une place importante. S&eacute;lectionn&eacute;s et &eacute;lev&eacute;s dans cet optique, ils sont pris en charge par le personnel sp&eacute;cialis&eacute;.<br />
	<br />
	De grandes chasses au loup, certaines l&eacute;g&eacute;ndaires, se sont d&eacute;roul&eacute;es sur plusieurs jours, entra&icirc;nant l&rsquo;&eacute;quipage &agrave; de grandes distances du domaine.<br />
	<br />
	Enfin, la chasse &agrave; tir se fait &agrave; l&rsquo;aide d&rsquo;arcs ou encore d&rsquo;arbal&egrave;tes. Utilis&eacute; lors de la battue, en aff&ucirc;t (avec app&acirc;t&hellip;.) ou en tir &agrave; l&rsquo;approche (tir au guet), la chasse &agrave; tir &eacute;tait surtout employ&eacute; pour le cerf et le sanglier.<br />
	<br />
	Dans tous les types de chasse, et surtout certaines, le chasseur doit d&eacute;jouer l&rsquo;odorat du loup et occulter l&rsquo;odeur humaine par une autre plus forte, celle d&rsquo;une charogne ou d&rsquo;une matrice de louve en chaleur. Aussi l&rsquo;uitlisation d&rsquo;app&acirc;ts va de pair avec les autres proc&eacute;d&eacute;s de pi&eacute;geage. Il faut attirer les fauves pr&egrave;s des fosses et des pi&egrave;ges en faisant des tra&icirc;n&eacute;es consistant &agrave; promener une charogne (parfois empoisonn&eacute;e) dans des endroits suppos&eacute;s fr&eacute;quent&eacute;s par une meute. On laisse ci et l&agrave; des morceaux de viande. Pour une chasse au tir par exemple, le veneur doit se souiller pour masquer son odeur humaine, il s&rsquo;entoure de nombreuses pr&eacute;cautions, du simple effacement de ses odeurs derri&egrave;re lui jusqu&rsquo;au frottis d&rsquo;excr&eacute;ments de loups sur ses habits.<br />
	<br />
	N&rsquo;oublions pas, &agrave; travers l&rsquo;&eacute;vocation de ces diff&eacute;rents chasses au leu, la pratique la plus r&eacute;pandue et la plus fructueuse pour le peuple : la recherche de louveteaux (autoris&eacute;e &agrave; tous). M&ecirc;me si la d&eacute;couverte des tani&egrave;res &eacute;taient le plus souvent le fruit du hasard que le r&eacute;sultat d&rsquo;une qu&ecirc;te m&eacute;thodique (la louve cache bien ses petits). Malgr&eacute; tout, ces chasses paysannes group&eacute;es se d&eacute;veloppent sous l&rsquo;autorit&eacute; de louvetiers amateurs (souvent de simples laboureurs qui s&rsquo;octroient le titre et deviennent de grands sp&eacute;cialistes, transmettant leur savoir &agrave; leurs descendants).<br />
	<br />
	Jusqu&rsquo;au jour de juillet 1492 o&ugrave;, lors d&rsquo;une grande battue &agrave; &laquo; force de gens et de chiens &raquo;, une fillette est malencontreusement prise pour une loup dans un buisson de bruy&egrave;res et meurt par un carreau d&rsquo;arbal&egrave;te. D&rsquo;habitude, les paysans s&rsquo;armaient de fourches, d&rsquo;&eacute;pieux ou de dagues&hellip;. Pour sa d&eacute;fense, Pierre Charbonnier soutint que l&rsquo;enfant &laquo; &eacute;tait vestue de drap assez semblant &agrave; peau de loup &raquo; et que la nuit pr&eacute;c&eacute;dente, il lui semblait que les loups &laquo; hullent autour de sa maison &raquo;.<br />
	<br />
	Malgr&eacute; toutes les tentatives, individuelles et collectives, spontan&eacute;es ou organis&eacute;es, pour d&eacute;truire canis lupus, l&rsquo;animal r&ocirc;de sur les terres pendant tout le moyen &acirc;ge.<br />
	<br />
	Le loup fait partie int&eacute;grante de l&rsquo;environnement de l&rsquo;homme m&eacute;di&eacute;val. M&ecirc;me la louveterie, institution officielle, n&rsquo;arrive pas &agrave; enrayer la progression des effectifs lors des grandes crises de la fin du Moyen Age.<br />
	<br />
	<br />
	&nbsp;</p>]]></description>
<link>http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/11142,la-chasse-au-leu.html</link>
<guid isPermaLink="false">http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/#11142</guid>
</item><item><title>Le Loup et la Médecine</title>
<pubDate>Tue, 02 Mar 2010 09:38:00 +0100</pubDate>
<description><![CDATA[<p style="text-align: justify">
	<br />
	<br />
	Les sorciers, gu&eacute;risseurs et autres mages rustiques utilisent toutes les parties du leu qui entrent dans la pr&eacute;paration de rem&egrave;des empiriques et miraculeux ou servent de support &agrave; des pratiques magiques ou de sorcellerie. La pharmacop&eacute;e traditionnelle du loup est &laquo; une &eacute;picerie fantastique o&ugrave; tout sert &agrave; tout &raquo; (Genevi&egrave;ve Carbonne).<br />
	<br />
	Sainte Hildegarde de Bingen lui attribue des pouvoirs curatifs. Haute figure spirituelle du XIIe si&egrave;cle elle est &agrave; la fois r&eacute;formatrice et mystique. Dans son oeuvre &laquo; le Livre des subtilit&eacute;s des cr&eacute;atures divines &raquo;, elle &eacute;crit : Ch. XIX : Le Loup (De lupo) &laquo; Le loup est tout &agrave; fait chaud, et il a un peu des caract&egrave;res des esprits a&eacute;riens et des moeurs du lion. Et les esprits a&eacute;riens se plaisent en la compagnie de sa nature et l&rsquo;accompagnent. Le loup attaque toujours l&rsquo;homme et le mettrait en pi&egrave;ces, s&rsquo;il le pouvait, m&ecirc;me quand il n&rsquo;a pas faim ; mais, gr&acirc;ce &agrave; sa nature de lion, il conna&icirc;t et comprend l&rsquo;homme et le flaire de loin&hellip;. &raquo;.<br />
	<br />
	&laquo; Si on souffre de la goutte, on prendra, en poids &eacute;gaux, des feuilles de cassis de consoude ; on les pilera dans un mortier et on leur ajoutera de la graisse de loup, en quantit&eacute; l&eacute;g&egrave;rement sup&eacute;rieure ; on en fera un onguent dont on se frictionnera les points douloureux ; puis, le deuxi&egrave;me ou le troisi&egrave;me jour, on se mettra dans un bain chaud et on &eacute;vacuera la goutte par transpiration&hellip;. &raquo;.<br />
	<br />
	&laquo; Et si quelqu&rsquo;un, &agrave; cause de maladies qui s&rsquo;en prennent &agrave; sa t&ecirc;te, entre en fureur et devient fr&eacute;n&eacute;tique, il faut lui raser le cr&acirc;ne, puis faire cuire un loup dans de l&rsquo;eau, apr&egrave;s avoir enlev&eacute; la peau et les visc&egrave;res ; laver alors la t&ecirc;te du furieux &agrave; l&rsquo;eau de cuisson, en obstruant les yeux, les oreilles et la bouche avec des linges, pour que l&rsquo;eau n&rsquo;y entre pas : car si ce liquide entre dans son corps, sa folie augmente comme si c&rsquo;&eacute;tait du poison ; r&eacute;p&eacute;ter cela pendant trois jours et m&ecirc;me si la folie est forte il retrouvera ses esprits &raquo;.<br />
	<br />
	&laquo; Si dans une maison, se trouve une peau, des poils ou des os de loup, les hommes s&rsquo;y battent facilement et les esprits a&eacute;riens s&rsquo;y prom&egrave;nent volontiers &agrave; cause de sa nature mauvaise&hellip;. &raquo;.<br />
	<br />
	Propri&eacute;t&eacute;s et pharmacop&eacute;e lupine :<br />
	- La dent du loup offre de multiples pouvoirs : port&eacute;e en amulette, elle prot&egrave;ge du mauvais oeil et de la peur. Attach&eacute;e au cou d&rsquo;un cheval, elle le rend infatigable &agrave; la course. Les enfants portaient une dent (voire tout un collier) au cou, souvent ench&acirc;ss&eacute;e dans un pendentif . Ce collier avait le pouvoir de faciliter la dentition et de porter chance.<br />
	- Frotter la gencive d&rsquo;un enfant ou d&rsquo;un b&eacute;b&eacute; avec une griffe calmera la douleur de la pousse.<br />
	- La peau a de nombreuses propri&eacute;t&eacute;s : port&eacute;e en lani&egrave;re autour du cou, elle rend heureux en amour.<br />
	<br />
	Elle pr&eacute;serve des poux, punaises et autres vermines.<br />
	- Les jeunes gens marchent dans des chaussures en peau de loup pour les rendre chanceux et courageux au combat.<br />
	- La moelle du pied avant gauche permet de confectionner un filtre d&rsquo;amour.<br />
	- Le pied droit avant est utilis&eacute; contre &laquo; le mal des mamelles &raquo; et les &laquo; bosses qui viennent au pourceau &raquo;.<br />
	- Etre mordu par un loup prot&eacute;ge les sorciers et gu&eacute;rissait les enflures et les tumeurs.<br />
	- Le museau du leu, r&eacute;duit en poudre, chasse les d&eacute;mons, les sorciers, les voleurs&hellip;.et les loups.<br />
	- La langue, port&eacute;e en pendentif, rend heureux au jeu et pr&eacute;serve des &laquo; mauvaises langues &raquo;.<br />
	- Les oreilles grill&eacute;es puis plong&eacute;es dans un bouillon de chauve-souris gu&eacute;rit de la colique.<br />
	- L&rsquo;oeil s&eacute;ch&eacute;, pendu autour du cou, prot&eacute;ge des crises (&eacute;pilepsie).<br />
	- L&rsquo;oeil droit, sal&eacute; et li&eacute; au bras gu&eacute;rit des fi&egrave;vres.<br />
	- L&rsquo;oeil rend aussi invisible et prot&egrave;ge des serpents.<br />
	- La t&ecirc;te du loup accroch&eacute;e ou pendue aux portes des maisons sert &agrave; r&eacute;sister aux charmes et aux empoisonnements.<br />
	- La poudre de sa t&ecirc;te gu&eacute;rit la douleur des dents.<br />
	- Le foie s&eacute;ch&eacute; au four soulage les maladies du foie et les verrues.<br />
	- La chair, coeur et foie, sont efficaces contre l&rsquo;&eacute;pilepsie, l&rsquo;hydropisie, les accouchements difficiles et la phtisie. Le coeur, pour gu&eacute;rir de l&rsquo;&eacute;pilepsie, doit &ecirc;tre arracher d&rsquo;un loup vivant et &ecirc;tre brasser avec les coeurs de trois corbeaux.<br />
	- Le coeur rend courageux mais irascible et querelleur.<br />
	- Les intestins gu&eacute;rissent des coliques et les vents qui en r&eacute;sultent.<br />
	- Les graisses s&rsquo;emploient en liniment et en collyre.<br />
	- Les os soignent la pleur&eacute;sie, la sciatique et les contusions.<br />
	- La queue du loup enterr&eacute; dans la cour de la ferme prot&egrave;ge ses habitants.<br />
	- Les mamelles de louves, ingurgit&eacute;es, facilitent l&rsquo;enfantement en &eacute;liminant les douleurs.<br />
	- Les crottes de loup font passer les maux de dents. Pour cela, il faut avaler les excr&eacute;ments m&eacute;lang&eacute;s &agrave; du miel. Il faut prendre soin de collecter, autant que faire se peut, les crottes avant qu&rsquo;elles ne touchent le sol !<br />
	- Frotter les brebis avec les crottes du leu les emp&ecirc;chent d&rsquo;&ecirc;tre d&eacute;vor&eacute;es.<br />
	- Le foie du loup, s&eacute;ch&eacute;, r&eacute;duit en poudre et m&eacute;lang&eacute; &agrave; du vin, calme la toux. Grill&eacute; et m&ecirc;l&eacute; &agrave; de l&rsquo;eau, le foie est b&eacute;n&eacute;fique contre les morsures, les piq&ucirc;res et m&ecirc;me les tumeurs malignes.<br />
	- Le fiel doit &ecirc;tre brouill&eacute; avec des graines de concombres sauvages. Appliqu&eacute; sur le nombril, il soigne et &eacute;vince la constipation. Du vin, coup&eacute; au fiel, gu&eacute;rit la toux.<br />
	- Le p&eacute;nis du loup est un puissant aphrodisiaque.<br />
	- Le lait de louve rend invuln&eacute;rable et son sang est prescrit contre les douleurs d&rsquo;ut&eacute;rus ou des intestins.<br />
	- La moelle &eacute;pini&egrave;re aide un mari bern&eacute; &agrave; faire cesser d&eacute;finitivement les &eacute;carts de conduite de son &eacute;pouse.<br />
	- Le port d&rsquo;une ceinture de peau et de boyau est souverain contre les coliques.<br />
	<br />
	Il est important de noter que certaines de ces pr&eacute;parations ne sont pas pr&eacute;cis&eacute;ment attest&eacute;es au moyen &acirc;ge, elles sont plus r&eacute;centes, largement r&eacute;pandues dans certains contr&eacute;es, ce qui n&rsquo;exclut donc pas le fait qu&rsquo;elles aient pu peut &ecirc;tre d&eacute;j&agrave; exist&eacute; dans des pratiques m&eacute;di&eacute;vales locales.<br />
	<br />
	C&rsquo;est le loutier, sorcier et thaumaturge de bas acabit (apparu surtout &agrave; la fin du moyen &acirc;ge), malfaisant gibier de potence, qui confectionnait tout sp&eacute;cialement les philtres et les d&eacute;coctions &agrave; base de foie de leu. Ces breuvages et ces pr&eacute;parations peuvent aussi servir &agrave; transmettre le mal : semer le d&eacute;sordre ou &eacute;parpiller le b&eacute;tail dans une foire, faire taire les chiens de garde pour les voleurs.<br />
	<br />
	Ce lien privil&eacute;gi&eacute; qui existe entre le loup, la magie et la m&eacute;decine populaire met en lumi&egrave;re l&rsquo;une des nombreuses contradictions internes &agrave; la mentalit&eacute; rurale. Vivant, le leu inspire crainte, peur et m&eacute;fiance : il est rejet&eacute; et ha&iuml;. Mort, l&rsquo;animal reste fort pris&eacute; pour ses vertus m&eacute;dicinales et surnaturelles.<br />
	<br />
	Une autre raison plus profonde, comme en t&eacute;moigne les &eacute;crits des saints avec des loups convertis ainsi que les croyances anciennes (foudre de guerre), est que le loup fascine pour ses symboles de vaillance et de repentir.<br />
	<br />
	Patronymie et toponymie lupines<br />
	<br />
	Form&eacute;s surtout &agrave; partir de racines verbales ou de diminutifs, les patronymes lupins d&eacute;signaient &agrave; l&rsquo;origine des chasseurs de loups ou des individus ayant une certaine empathie avec le fauve. Il est parfois d&eacute;licat de savoir quel patronyme a exist&eacute; d&egrave;s le moyen &acirc;ge, et surtout depuis quand pr&eacute;cis&eacute;ment. Les registres permettent n&eacute;anmoins de se former une id&eacute;e, aussi retrouve-t-on : Bordeloup, Bouteloup, Canteloup, Chasseloup, Garreloup, Heurteloup, Leloup, Leleu, Landreloup, Louvard, Louvet, Louviaux, Mirloup, Passeloup, Petitleu, Pinceloup, Piedeloup&hellip;. La formation de ces patronymes est identique &agrave; celle des toponymes, dont certains ont d&rsquo;ailleurs des formes &eacute;quivalentes.<br />
	<br />
	La toponymie t&eacute;moigne aussi de la pr&eacute;sence pass&eacute;e du loup dans les campagnes ; l&rsquo;essentiel de ces d&eacute;signations date de l&rsquo;&eacute;poque m&eacute;di&eacute;vale (mais pas toujours). Impressionn&eacute;s par ces carnassiers, les hommes de jadis ont laiss&eacute; une empreinte durable dans le paysage en d&eacute;nommant des lieux habit&eacute;s et non habit&eacute;s. Tous ne sont pas not&eacute;s sur les cadastres et beaucoup ont &eacute;t&eacute; transmis par la voie orale.<br />
	<br />
	Des parties de terroir cultiv&eacute;, inculte ou bois&eacute;, des &eacute;l&eacute;ments li&eacute;s &agrave; l&rsquo;eau ou &agrave; la roche, rappellent la pr&eacute;sence de la b&ecirc;te dans ces milieux. Ainsi trouve-t-on pour exemple : la chaume aux loups, le champs des loups, la mardelle au loup, le pr&eacute; au loup, le bois du loup, le ruisseau au loup, la butte aux loups, la roche au loup, la fontaine au loup, le ch&ecirc;ne au loup (l&eacute;g&egrave;rement diff&eacute;rent car ce terme d&eacute;signait souvent un arbre o&ugrave; les chasseurs venaient clouer leur troph&eacute;e), le gu&eacute; du loup, la planche au loup, le moulin aux loups. Ces termes associent parfois des composantes du milieu naturel &agrave; des am&eacute;nagements humains.<br />
	<br />
	Tr&egrave;s fr&eacute;quents dans les r&eacute;gions touch&eacute;es par les leus, d&rsquo;autres toponymes d&eacute;signent les repaires et les g&icirc;tes occup&eacute;s par les fauves : Louviers, Louvi&egrave;re, Loubati&egrave;re, et les d&eacute;riv&eacute;s (Louverie, Loutier, Louveti&egrave;re, Loubi&egrave;re&hellip;.). Certains antres se classent parmi les refuges du loup (notamment les m&eacute;galithes) : la cave au loup, la chambre du loup, le creux du loup, la grotte au loup, la pierre au loup, le dolmen de la roche au loup, la maisnie du loup.<br />
	<br />
	Innombrables en France, les toponymes &agrave; base verbale remontent aux derniers si&egrave;cles du Moyen Age. Par euph&eacute;misme, le nom d&eacute;signant l&rsquo;endroit o&ugrave; hurlent le leu et la loube (loup et louve) &agrave; la saison des amours a &eacute;t&eacute; form&eacute; &agrave; partir des verbes chanter, japper, bramer : Chanteloup, Canteloup, Canteleu, Chanteloube, jappeloup, Br&acirc;mes loups&hellip;. Compos&eacute;s &agrave; l&rsquo;aide du verbe pisser, ces lieux d&eacute;signent la limite de des territoires de chasse de deux meutes (peut &ecirc;tre y a-t-il un lien avec le fait que les loups pissent pour marquer leur territoire ?) : pisseloup, Pisseleux, Pislouvet. D&rsquo;autres bases verbales ont donn&eacute; naissance &agrave; de multiples appelations : Petteloup, Hurteloup, Gratteloup, Passeloup.<br />
	<br />
	Quelques termes font r&eacute;f&eacute;rences &agrave; une caract&eacute;ristique ou une partie de l&rsquo;animal : Cul de Loup (d&eacute;signant parfois une petite cabane recul&eacute;e et obscure), La patte du leu, Le pas du loup, Le pied du loup, La queue du loup, Le saut du loup (d&eacute;signant parfois un foss&eacute;).<br />
	<br />
	Mais la majorit&eacute; des toponymes les plus fr&eacute;quents concerne celui ayant trait &agrave; la destruction de la b&ecirc;te, preuve tangible des pr&eacute;occupations de g&eacute;n&eacute;rations de ruraux luttant contre le pr&eacute;dateur et marqu&eacute;s par sa pr&eacute;sence g&eacute;n&eacute;rant la peur. Les fosses aux loups sont les termes les plus nombreux (ou fosse &agrave; loup, fosse &agrave; la louve, fosse loubi&egrave;re). Il existe &eacute;galement des noms avec trappe (la trappe aux loups).<br />
	<br />
	Au Moyen Age, tout animal qui entre dans une &eacute;glise est imm&eacute;diatement jug&eacute; et pendu. Selon la tradition, le loup &eacute;tait pendu (parfois supplici&eacute; avant) non loin de l&rsquo;endroit de sa prise. Cette justice fut &agrave; l&rsquo;origine des toponymes dits &laquo; le loup pendu &raquo;. Issus de ces m&eacute;faits ou de prises lors de battues et de chasses, des arbres de pendaison ont laiss&eacute; leur nom au lieu et parcelles o&ugrave; ils se dressaient jadis : les loups pendus, le ch&ecirc;ne pendu, le ch&acirc;taignier aux loups, le ch&ecirc;ne au loup, l&rsquo;orme au loup, le poirier au loup. D&rsquo;autres noms rappellent les lieux o&ugrave; des loups furent tu&eacute;s : la mort aux loups, la tombe du loup, Chasseloup, les chasselouvi&egrave;res.<br />
	<br />
	Ils restent un certain nombre de toponymes qui peuvent trouver leur place dans les ensembles pr&eacute;c&eacute;dents ; seulement, &agrave; l&rsquo;instar de certains mots cit&eacute;s peu avant, il n&rsquo;est pas toujours &eacute;vident de les dater de l&rsquo;&eacute;poque m&eacute;di&eacute;vale. Prudence donc sur certaines toponymies. Malgr&eacute; tout, on trouve en France : le loup, le loup blanc, les blancs loups, Ch&egrave;vreloup, Croqueloup, le port aux loups, le pot au loup.<br />
	<br />
	Enfin, d&rsquo;autres lieux portent le nom de Saint Loup qui pr&eacute;serve de la peur. De nombreuses r&eacute;gions qui le v&eacute;n&egrave;rent ont gard&eacute; la trace dans leur toponymie locale.<br />
	<br />
	Il semble que la plupart des lieux dont le nom a un lien avec l&rsquo;esp&egrave;ce lupine soient en place d&egrave;s le XII-XIIIe si&egrave;cles (essor des villes et villages, d&eacute;frichement), d&rsquo;autres se forgeant aux XIV-XVe si&egrave;cles (guerre de cent ans, fermeture naturelle des milieux : re&eacute;nfrichement). Cependant, l&rsquo;enrichissement se poursuit bien au-del&agrave; de l&rsquo;&eacute;poque m&eacute;di&eacute;vale.<br />
	<br />
	&quot;Lettres portants deffanses &agrave; tous roturiers et non ayants droit ou charge, de chasser aux bestes grosses, rouges ou noires, ny aux oiseaux&quot;.<br />
	10 janvier 1396 (Charles VI)<br />
	<br />
	Charles, par la gr&acirc;ce de Dieu Roy de France, &agrave; tous ceux qui ces lettres verront Salut. Il est venu &agrave; Nostre connoissance par le rapport de plusieurs personnes dignes de foy, tant de nostre conseil comme autres, que plusieurs personnes non nobles, laboreurs et autres, sans qu&#39;ils soient a ce privil&eacute;giez, ne qu&#39;ils ayent adveu de personnes nobles ou autres, ayans garennes ou privil&egrave;ges, ont et tiennent devers eux chiens, fuiront, cordes, lacs, filletz et autres engins &agrave; prendre grosses bestes rouges et noires, conils, li&egrave;vres, perdrix, faisans et autres bestes et soyseaux d&#39;ou la chasse ne leur appartient, ne doit appartenir, par quoy, il est advenu et advient, chacun jour, que lesdits non nobles en faisant ce que dit est, d&eacute;laissent &agrave; faire leurs laborages ou marchandises et commettent plusieurs larrecins de grosses bestes et de conils, de perdrix et de faisans, et d&#39;autres bestes et oyseaux, tant en nos garennes commeen celles des nobles et autres, nos sujetz, dont il est advenu mault de fois que quand Nous et les nobles de nostredit Royaume avons voulu aller en dedans, l&#39;on a trouv&eacute; en plusieurs lieux, peu ou n&eacute;ant de bestes et oyseaux, et par ce le d&eacute;duit de Nous et desdits nobles a est&eacute; et est souvente fois empesch&eacute;, par quoy, si rem&egrave;de n&#39;y estoit mis, plusieurs dissentions, d&eacute;bats et destours se pourroient survenir et mouvoir entre nos subjetz nobles et non nobles, et s&#39;en ensuivroient plusieurs autres inconv&eacute;niantz, mesmement que lesdits non nobles, en pers&eacute;v&eacute;rant en ce, sont souvent emprisonnez et pour ce traitz &agrave; grandz amendes, et per les oyseaux qu&#39;ilz y eurent en ce faisant deviennent larrons, meurtriers, espieurs de chemins, et m&egrave;nent mauvaise vie, dont par ce est advenu et advient souvent, qu&#39;ils ont fin&eacute; et finent leurs vie par mort dure et honteuse, qui est en grande confusion de nostre peuple et d&eacute;triment de la chose publique de nostre Royaume, et au grand dommage de Nous et de nos subjetz; pour quoy Nous voulons &agrave; ce estre rem&eacute;di&eacute;.<br />
	<br />
	S&ccedil;avoir, faisons que eue sur ce grand et meure d&eacute;lib&eacute;ration de nostre grand conseil ou estoient nos tr&egrave;s chers et tr&egrave;s amez oncles et fr&egrave;res, les ducs de Bourgonhe, d&#39;Orl&eacute;ans et de Bourbon, et plusieurs autres notables personnes de nostredit conseil, avons ordonn&eacute; et ordonnons, par ces pr&eacute;sentes, que dores en avant aucunes personnes non nobles de nostre Royaume, s&#39;il n&#39;est &agrave; ce privil&eacute;gi&eacute; ou de ce il n&#39;a adveu ou expresse commission &agrave; ce de personne qui sa luy puisse ou doive donner, ou s&#39;il n&#39;est personne d&#39;&eacute;glize &agrave; qui toutes fois, par raison de lignage ou autrement deuement ce doivent comp&eacute;ter, ou s&#39;il n&#39;est bourgeois vivant de ses possessions et rentes, ne se en hardisse de chasser, ne tendre &agrave; grosses bestes ou menues, ne oyseaux, en garenne ne dehors, ne de avoir et tenir pour ce faire chiens, fuirons, cordes, lacz, filetz et autres arnois, et au cas que aucuns desdits non nobles autres que ceux dessus d&eacute;clarez sera trouv&eacute;e ayant en sa maison chiens, fuirons, cordes, lacz, filetz et autres engins ou tendent aux bestes et oyseaux dessus devisez, Nous voulons et mandons que le noble ou la justice sobz qui il sera demeurant ou soubz qui il chassera, les luy puisse oster de fait sans aucune r&eacute;pr&eacute;hension, toutes fois au temps que les pocz et autres bestes sauvages vont aux champs pour manger les bledz, il Nous plaict bien que les laboreurs puissent tenir chiens pour garder leursdits bledz et chasser les bestes d&#39;iceux, sans que pour ce ilz doivent perdre iceux chiens, ne payer amendes, mais si en ce faisant, ilz prenoient aucune beste, ils seront tenus la porter au seigneur ou &agrave; la justice &agrave; qui il appartiendra, ou si ce non ilz restabliront ladicte beste et payeront l&#39;amende, si donnons et mandons et commettons si mestier est &agrave; nostre am&eacute; et f&eacute;al cousin et conseiller Guillem, viscomte de Melun, souverain maistre et g&eacute;n&eacute;ral refformateur des eaux et forestz par tout nostredit Royaume, et &agrave; tous autres maistres requesteurs de nos eaux et forestz dessusdits, ou &agrave; leurs lieutenans, et &agrave; chacun d&#39;eulx, si comme &agrave; luy appartiendra que nostredite ordonnance fassent publier solemnellement par tous lieux notables o&ugrave; ilz verront qu&#39;il sera exp&eacute;dient et icelle tenir et garder sans enfraindre en aucune mani&egrave;re, et s&#39;ilz treuvent aucuns faisans le contraire ou contredisant &agrave; ce, ilz contraignent &agrave; la tenir par amende et toutes voyes et mani&egrave;res deues et raisonnables, ainsi comme ils verront que de raison sera &agrave; faire, en tesmoins de ce Nous avons fait mettre &agrave; ces lettres nostre seel.<br />
	<br />
	Donn&eacute; &agrave; Paris le Xe jour de Janvier, l&#39;an de gr&acirc;ce mil CCC IIIIXX et seize, et le XVIIe de nostre r&egrave;gne. Ainsi sign&eacute; par le Roy en son conseil. J. de Sanctis.<br />
	<br />
	&nbsp;</p>]]></description>
<link>http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/11141,le-loup-et-la-medecine.html</link>
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</item><item><title>Symboliques du loup</title>
<pubDate>Tue, 02 Mar 2010 09:36:00 +0100</pubDate>
<description><![CDATA[<p style="text-align: justify">
	<br />
	Dans les mentalit&eacute;s m&eacute;di&eacute;vales, le loup n&rsquo;inspire pas seulement la peur et le rejet. L&rsquo;acharnement volontaire de l&rsquo;Eglise ne suffit pas &agrave; dissiper les autres images qui entourent l&rsquo;animal. Une pharmacop&eacute;e populaire plus magique que curative utilise les diff&eacute;rentes parties de leu, preuve qu&rsquo;on lui attribue parall&egrave;lement un r&ocirc;le bienfaisant et protecteur.<br />
	<br />
	La litt&eacute;rature v&eacute;hicule elle-m&ecirc;me deux images contradictoires : les bestiaires l&rsquo;affublent de tares physiques allant de pair avec sa noirceur morale (il n&rsquo;est rien de moins que le diable) et le Roman de Renart campe dans le personnage d&rsquo;Ysengrin un arch&eacute;type de la balourdise qui aura la vie dure.<br />
	<br />
	Les trait&eacute;s de v&eacute;nerie en font une &laquo; beste noire &raquo; &agrave; classer parmi les &laquo; nuisibles &raquo; et &agrave; chasser non pour le manger mais pour le d&eacute;truire. Ce qui est d&rsquo;ailleurs l&rsquo;objectif premier et intrins&egrave;que de l&rsquo;ordre de louveterie.<br />
	<br />
	Pourtant les lais de M&eacute;lion (1190-1204), du Bisclavret (1160-1170) de Marie de France et le roman Guillaume de Palerne (XIII&egrave;) contiennent encore des vestiges de la riche symbolique b&eacute;n&eacute;fique d&rsquo;un animal fr&egrave;re, guerrier ou passeur, pr&eacute;sente dans l&rsquo;imaginaire antique, celte ou nordique. M&ecirc;me la tradition chr&eacute;tienne, si hostile, le r&eacute;habilite dans les Vies de Saints o&ugrave; il incarne le Repentir.<br />
	<br />
	Dans ces textes o&ugrave; il (leu &ndash; garou&eacute;) appara&icirc;t comme &laquo; beste de cour &raquo;, &laquo; intelligent &raquo;, &laquo; repenti &raquo;, &laquo; P&egrave;re Loup &raquo;, &laquo; desnatur&eacute; &raquo; ou &laquo; fr&egrave;re guerrier &raquo;, on retrouve l&agrave; la trace d&rsquo;une tradition beaucoup plus ancienne et commune &agrave; beaucoup de civilisations.<br />
	<br />
	Pour Gengis Khan (descendant du loup bleu), Tu Kueh (fondateur du peuple turc), Appolon et Art&eacute;mis, Remus et Romulus, Siegfried, l&rsquo;animal est un parent all&eacute;gorique ou r&eacute;el, nourricier ou biologique. L&rsquo;homme ou le clan que le reconna&icirc;t pour anc&ecirc;tre se d&eacute;nomme &laquo; loup &raquo; ou &laquo; fils de loup &raquo;.<br />
	<br />
	Dans Guillaume de Palerne, celui-ci h&eacute;rite d&rsquo;ailleurs de son double animal les qualit&eacute;s guerri&egrave;res indispensables &agrave; son initiation (foudre de guerre).<br />
	<br />
	Cette association du loup et de la guerre est tr&egrave;s ancienne et trouve sans doute sa source dans les remarquables aptitudes de chasseur de la b&ecirc;te. Les premiers hommes n&rsquo;ont-ils pas appris la chasse en observant leurs fr&egrave;res lupins ?<br />
	<br />
	Parmi les nombreux peuples indo-europ&eacute;ens se r&eacute;f&eacute;rant &agrave; un loup anc&ecirc;tre on peut noter : les Romains et l&rsquo;un des embl&egrave;mes de leurs l&eacute;gions, les Sabins, les Gaulois pour qui le loup symbolisait la force et la virilit&eacute; (repr&eacute;sent&eacute; sur leur casque), les Ulfhednars (hommes du nord), guerriers d&rsquo;&eacute;lite qui entraient en fureur par une captation de l&rsquo;&eacute;nergie sacr&eacute;e et imitaient la strat&eacute;gie des loups.<br />
	<br />
	En France, le lien loup-guerrier a conduit plus de 1200 familles &agrave; porter des armoiries reprenant le fauve voire des devises &laquo; au loup &raquo; (pas forc&eacute;ment cr&eacute;&eacute;es au moyen &acirc;ge)<br />
	<br />
	Au XVe si&egrave;cle, l&rsquo;Ordre de la chevalerie du Loup est fond&eacute; par Antoine de Ligne pour &laquo; manger le loup de Bourgogne &raquo;, c&rsquo;est &agrave; dire l&rsquo;Ordre de la Toison d&rsquo;Or.<br />
	<br />
	Aujourd&rsquo;hui encore le loup blasonne , &laquo; passant &raquo;, &laquo; rampant &raquo;, &laquo; courant &raquo;, &laquo; iscent &raquo; les armes de villes ou de provinces, &agrave; l&rsquo;instar par exemple de la III&egrave; Compagnie de Louveterie de Chevreuse (parti d&rsquo;argent au vil leu de sable, iscent, lampasc&eacute; et griff&eacute;, et d&rsquo;azur aux fleurs de lys d&rsquo;or).<br />
	<br />
	Le r&ocirc;le d&rsquo;animal psychopompe (conducteur des &acirc;mes des morts) partag&eacute; avec d&rsquo;autres canid&eacute;s constitue en effet l&rsquo;autre aspect dominant de la symbolique du loup dans le folklore.<br />
	<br />
	Le loup est li&eacute; aux cycles de la vie. C&rsquo;est &agrave; ce titre qu&rsquo;on l&rsquo;associe &agrave; l&rsquo;hiver (mois du Loup : Wofsmond en Allemagne), espace temps entre fin et commencement, qui voit la victoire de la nuit et le repos de la terre (Wolfzeit).<br />
	<br />
	Passeur d&rsquo;un cycle &agrave; un autre, le loup est tout naturellement associ&eacute; &agrave; l&rsquo;eau, espace initiatique par excellence.<br />
	<br />
	Ce r&ocirc;le de passeur d&rsquo;&acirc;me se retrouve dans bon nombre de textes et de mythologies : Rome et la louve de Mormolyc&eacute;e nourrice de l&rsquo;Arch&eacute;ron (fleuve des morts), Osiris chez les Egyptiens choisit de ressusciter sous forme lupine et Ouspouaout est pr&eacute;sent sur sa barque, le loup Fenrir, fils de Loki, pour les Scandinaves est celui par qui la destruction du monde arrive (le Ragnarok), Had&egrave;s, ma&icirc;tre des Enfers chez les Etrusques, a des oreilles de loup et porte une peau de l&rsquo;animal&hellip;.<br />
	<br />
	Dans Guillaume de Palerne, encore une fois, le leu h&eacute;rite de cette fonction de &laquo; guide des chemins p&eacute;rilleux &raquo;, d&rsquo; &laquo; ouvreur des voies &raquo;, notamment des &eacute;tendues aqueuses.<br />
	<br />
	Cet aspect chtonien du loup doit beaucoup &agrave; sa gueule d&eacute;vorante, assimil&eacute;e &agrave; la porte de l&rsquo;Autre Monde, la &laquo; gueule des Enfers &raquo;. Cet avalement si r&eacute;current dans l&rsquo;imaginaire m&eacute;di&eacute;vale et qui a contribu&eacute; &agrave; sa mauvaise image symbolise en fait la descente et la remont&eacute;e de l&rsquo;initi&eacute; qui &laquo; meurt &raquo; &agrave; son &eacute;tat premier pour mieux &laquo; devenir &raquo;.<br />
	<br />
	La fin d&rsquo;un cycle, la mort, la dissolution apport&eacute;es par le leu ne signifient pas extinction. Il peut &ecirc;tre q&rsquo;un passage, une oeuvre au noir.<br />
	<br />
	Comme dans Guillaume de Palerne, le loup emporte mais ne mange pas, il prot&egrave;ge en fait, bouleversant l&rsquo;ordre du monde pour mieux le r&eacute;tablir.<br />
	<br />
	&nbsp;</p>]]></description>
<link>http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/11140,symboliques-du-loup.html</link>
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</item><item><title>Le Loup et l’Eglise</title>
<pubDate>Tue, 02 Mar 2010 09:34:00 +0100</pubDate>
<description><![CDATA[<p style="text-align: justify">
	<br />
	Dans la G&eacute;n&egrave;se, il est englob&eacute; dans les b&ecirc;tes sauvages. La mauvaise r&eacute;putation du loup s&rsquo;affirme au d&eacute;but de l&rsquo;&egrave;re chr&eacute;tienne, effa&ccedil;ant les symboles bienfaisants qui lui &eacute;taient allou&eacute;s auparavant. Plusieurs paraboles &eacute;vang&eacute;listes en font un argument de poids pour convaincre les h&eacute;sitants. Saint Paul, dans les Actes des Ap&ocirc;tres, met en garde en annon&ccedil;ant que les loups vont attaquer les troupeaux.<br />
	<br />
	Les doctrines de la chr&eacute;tient&eacute; ont, d&egrave;s le d&eacute;but du Moyen Age, contribu&eacute; &agrave; modifier profond&eacute;ment les attitudes de l&rsquo;homme vis-&agrave;-vis de la nature et des esp&egrave;ces sauvages. D&egrave;s l&rsquo;Ancien Testament, le th&egrave;me d&rsquo;un Dieu berger se dessine ; l&rsquo;un des plus vieux motifs iconographiques du IIIe si&egrave;cle repr&eacute;sente le berger qui d&eacute;fend ses brebis contre le loup.<br />
	<br />
	D&egrave;s le synode de Saint Jacques de Compostelle, en 1114, l&rsquo;Eglise s&rsquo;appliqua &agrave; la destruction du leu en recommandant &agrave; chaque chr&eacute;tien de participer aux battues. La multiplication des loups dans une r&eacute;gion &eacute;tait interpr&eacute;t&eacute;e par l&rsquo;Eglise comme un recul de la foi chez les populations locales. Car le loup, incarnation du malin, ne peut &ecirc;tre que l&rsquo;ennemi de la foi chr&eacute;tienne. Il est peut &ecirc;tre le bras vengeur de Dieu comme l&rsquo;indice de l&rsquo;augmentation de la puissance du diable. Triompher du loup est donc pour les autorit&eacute;s eccl&eacute;siastiques vaincre le diable et le p&ecirc;ch&eacute;.<br />
	<br />
	&laquo; Si le loup menace de bondir sur toi, tu saisis une pierre, il s&rsquo;enfuit. Ta pierre, c&rsquo;est le Christ. Si tu te r&eacute;fugies dans le Christ, tu mets en fuite les loups, c&#39;est-&agrave;-dire le diable ; il ne pourra plus te faire peur &raquo; Saint Ambroise IVe si&egrave;cle.<br />
	<br />
	Les premiers chr&eacute;tiens reprendront souvent l&rsquo;image simple et forte de la brebis innocente qu&rsquo;il faut prot&eacute;ger du loup. Tout au long du Moyen Age, cette parabole du loup noir oppos&eacute; &agrave; l&rsquo;agneau blanc, doux et pur, sans d&eacute;fense, et du pasteur prot&eacute;geant son troupeau, prendra toute son importance.<br />
	<br />
	L&rsquo;Eglise catholique contribuera beaucoup &agrave; l&rsquo;identification symbolique de loup en diable. A la fin du IVe si&egrave;cle, Saint Ambroise, &eacute;v&ecirc;que de Milan, affirme aux fid&egrave;les que &laquo; le loup est le diable &raquo;. D&eacute;sormais le leu repr&eacute;sente une menace morale autant que physique. Il devient, en Europe, une des incarnations du Malin (&agrave; l&rsquo;instar du bouc et du chat noir).<br />
	<br />
	Cette image d&eacute;moniaque est &eacute;galement diffus&eacute;e par les Myst&egrave;res, pi&egrave;ces populaires jou&eacute;es sur le parvis des cath&eacute;drales. Les acteurs incarnant le Diable se couvraient d&rsquo;une peau de loup renfor&ccedil;ant la vision d&eacute;moniaque de l&rsquo;animal.<br />
	<br />
	Dans les Bestiaires, les auteurs ne sont pas indulgents, comme le montre les textes de Pierre de Beauvais (&laquo; le loup repr&eacute;sente le Diable&hellip;. &raquo; voir le suite d&eacute;j&agrave; retranscrite plus haut). D&rsquo;ailleurs, &laquo; le loup &ocirc;te toute force de crier &agrave; un homme quand il le voit en premier, et cet homme ne peut recevoir le secours de personnes qui se trouvent loin de lui&hellip;. &raquo;. Autrement, si le loup voit l&rsquo;homme avant que celui-ci ne le voit, la malheureuse personne se trouve frapp&eacute;e d&rsquo;aphonie par la puissance maligne du leu.<br />
	<br />
	Au Moyen Age, canis lupus est donc le bouc &eacute;missaire du Malin.<br />
	<br />
	Captur&eacute; vivant, il &eacute;tait quelquefois jug&eacute; et condamn&eacute; au b&ucirc;cher. Les proc&egrave;s se multiplient, ceux qui concernent uniquement la b&ecirc;te mais aussi ceux qui relient un homme, estim&eacute; corrompu par le mal, et le fauve. Les comm&eacute;rages sur les pactes du diable, sa pr&eacute;sence aupr&egrave;s des meneurs de leus et des sorci&egrave;res qui les chevauchaient pour se rendre au Sabbat, ses attaques contre les enfants apeur&eacute;s, toutes ces histoires se r&eacute;pandent de village en village. La lycanthropie, d&rsquo;abord rejet&eacute; par l&rsquo;Eglise puis &laquo; reconnue &raquo; et condamn&eacute;e, fait vivre &agrave; la fin du moyen &acirc;ge de v&eacute;ritables psychoses en France.<br />
	<br />
	Une autre tradition chr&eacute;tienne, moins r&eacute;pandue, fait du loup un alli&eacute; du moine.<br />
	<br />
	Cette nouvelle tendance na&icirc;t en Egypte au IVe si&egrave;cle. Saint Antoine croise un loup qui le guide au terme de son voyage.<br />
	<br />
	Saint Brandant puis Saint Colomban (VI-VIIe si&egrave;cle) pr&ecirc;chent l&rsquo;amour pour tout ce qui vit. Ce dernier interdit la chasse dans les domaines relevant de son abbaye. Saint- Colomban traversa m&ecirc;me un lieu infest&eacute; de loups mais ils se montr&egrave;rent des auxiliaires d&eacute;vou&eacute;es de la Foi. Un monast&egrave;re fut b&acirc;ti en ce lieu pr&egrave;s de Luxeuil. Saint Di&eacute;, au VIIe si&egrave;cle, continuateur de son oeuvre, fut guid&eacute; par les loups lors de son arriv&eacute;e dans les Vosges. Les loups lui apport&egrave;rent d&rsquo;ailleurs, jour apr&egrave;s jour, sa pitance.<br />
	<br />
	Saint Florent, &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque, &agrave; Strasbourg, apprivoisa les loups qui saccageaient les potagers, conclut un accord avec eux, comme Saint Fran&ccedil;ois d&rsquo;Assise avec le c&eacute;l&egrave;bre loup de Gubbio, et en fit ses gardiens afin de pr&eacute;server sa retraite.<br />
	<br />
	Au XIIIe si&egrave;cle, en Italie, l&rsquo;&eacute;pisode XXI des Fioretti de Saint Fran&ccedil;ois d&rsquo;Assise relate comment un loup qui semait la terreur dans les environs de Gubbio, ayant subi les remontrances du saint devient inoffensif et est nourri en retour par les habitants la ville.<br />
	<br />
	Il &eacute;merge donc parfois de la litt&eacute;rature religieuse un souci d&rsquo;humaniser celui qui semblait hors de toute humanit&eacute;, le ravisseur des &acirc;mes et des troupeaux.<br />
	<br />
	Pendant tout le Moyen Age les r&eacute;cits et l&eacute;gendes hagiographiques font la part belle aux conversions d&rsquo;animaux, surtout du loup. Chaque province de France a sa belle histoire.<br />
	<br />
	En Bretagne, Saint Herv&eacute; (VIe), aveugle, est accompagn&eacute; d&rsquo;un loup converti qui l&rsquo;aide &agrave; se d&eacute;placer.<br />
	<br />
	En Normandie, Sainte Austreberthe oblige un loup &agrave; prendre la place de l&rsquo;&acirc;ne qu&rsquo;il a d&eacute;vor&eacute;. Cette histoire est &agrave; l&rsquo;origine de la f&ecirc;te du &laquo; loup vert &raquo; c&eacute;l&eacute;br&eacute;e le 23 juin. Ce terme est une d&eacute;formation de loup verse ou vers&eacute;, c&rsquo;est &agrave; dire converti.<br />
	<br />
	Dans la vall&eacute;e de la Durance, l&rsquo;ermite Saint Gens utilise le loup comme boeuf de labour. Saint-Malo, ayant eu son &acirc;ne d&eacute;vor&eacute;e par la beste, entreprit de convaincre une de celles-ci pour remplacer le pauvre domestique.<br />
	<br />
	Le loup le fit longtemps et fid&egrave;lement. Saint-Norbert obligea un loup &agrave; rel&acirc;cher et &agrave; &eacute;pargner sa proie, une gentille brebis app&eacute;tissante. Comme punition, il fut forc&eacute; de veiller sur elle. Saint Gilles (VIe) prot&egrave;ge certains animaux mais dirige l&rsquo;&eacute;nergie des chasseurs contre les maleb&ecirc;tes.<br />
	<br />
	Vers l&rsquo;an mil, Saint-Odon, attaqu&eacute; par des renards ( !) , aurait &eacute;t&eacute; sauv&eacute; par des loups.<br />
	<br />
	Jeanne Laisne, filleule de Louis XI, qui allait devenir Jeanne Hachette fut sauv&eacute; par les loups lors d&rsquo;une embuscade tendue par le duc de Bourgogne.<br />
	<br />
	En Arm&eacute;nie, Saint Blaise obtient du loup qu&rsquo;il lui ob&eacute;isse et restitue le b&eacute;tail vol&eacute;.<br />
	<br />
	D&egrave;s le Ve si&egrave;cle, en Normandie, Saint Loup, &eacute;v&ecirc;que de Sens, lui passe une &eacute;tole autour du cou. Saint Loup devient le protecteur des moutons et le patron des bergers. Mais il convient ici de s&rsquo;interroger sur la relation du Saint aux loups car elle charg&eacute;e d&rsquo;ambigu&iuml;t&eacute;s. On y voit un curieux m&eacute;lange d&rsquo;assouvissement et de protection de l&rsquo;animal lui-m&ecirc;me. Le fameux g&acirc;teau triangulaire de Saint Loup, distribu&eacute; aux premiers pauvres rencontr&eacute;s, emp&ecirc;chait les loups de d&eacute;vorer les brebis au p&acirc;turage.<br />
	<br />
	On note diverses variantes dans les l&eacute;gendes de Saint Loup de Troyes, Saint Loup Cammas, Saint Loup de Bayeux ou Saint Loup Hors.<br />
	<br />
	La tendance a humaniser le loup se retrouve dans la litt&eacute;rature profane avec des textes mettant en sc&egrave;nes non pas des loups mais des &laquo; garou&eacute;s &raquo; (hommes m&eacute;tamorphos&eacute;s en loup). Ces personnes emprisonn&eacute;s dans leur corps lupin continuaient &agrave; ressentir des sentiments humains qu&rsquo;il ne pouvait plus exprimer par la parole. Par exemple : l&rsquo;Ane d&rsquo;Or, Guillaume de Palerne (Lai de Bisclavret&hellip;).<br />
	<br />
	Petits paten&ocirc;tres r&eacute;cit&eacute;s au lever du soleil ( voir &eacute;galement le paten&ocirc;tre du loup dans le folklore relatif au carnivore) :<br />
	<span style="background-color: #afeeee">Sainte Agathe, liez-lui les pattes,<br />
	Saint Remo, serrez-lui les boyaux,<br />
	Saint Gesippe, serrez-lui les trippes,<br />
	Saint Gr&eacute;goire, serrez-lui la m&acirc;choire,<br />
	Saint Loup, tordez-lui le cou !</span><br />
	<br />
	&nbsp;</p>]]></description>
<link>http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/11139,le-loup-et-l-eglise.html</link>
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</item><item><title>Le loup dans les textes et dans les faits</title>
<pubDate>Tue, 02 Mar 2010 09:12:00 +0100</pubDate>
<description><![CDATA[<p style="text-align: justify">
	<br />
	Animal l&eacute;gendaire, v&eacute;n&eacute;r&eacute; et fabuleux, le loup appara&icirc;t sur de nombreuses pi&egrave;ces de monnaie celte et galloromaine.<br />
	<br />
	Le guerrier celte, qui enviait sa puissance et son adresse, n&rsquo;h&eacute;sitait pas &agrave; recouvrir son casque d&rsquo;une t&ecirc;te de loup apr&egrave;s lui avoir mang&eacute; le coeur.<br />
	<br />
	Il &eacute;merge par contre des textes &eacute;crits &agrave; l&rsquo;&eacute;poque m&eacute;di&eacute;vale. Un capitulaire carolingien rapporte que sa chasse s&rsquo;effectue sur les domaines de Charlemagne. Les loups qu&rsquo;on ne chasse plus prolif&egrave;rent, se nourrissant des cadavres, cons&eacute;quences des conflits ou des maladies. D&egrave;s le Haut Moyen Age, Charlemagne r&eacute;glemente la chasse aux loups et met en place les luparii en 813 : la future louveterie charg&eacute;e d&rsquo;&eacute;liminer le loup (voir plus loin).<br />
	<br />
	Tout &agrave; chacun au moyen &acirc;ge a de pr&egrave;s ou de loin affaire &agrave; la maleb&ecirc;te. Il n&rsquo;est pas forc&eacute;ment le sujet de la conversation, mais il prend sa place (indirectement) dans le propos sans pour autant &eacute;clipser les autres &eacute;v&eacute;nements. On le cite par exemple dans les rapports sur les imp&ocirc;ts (Chambre des Comptes), les registres des primes, les proc&egrave;s, les lettres des paroisses, celles de r&eacute;mission du Roy ou les textes commerciaux. Mais il n&rsquo;est pas toujours le th&egrave;me principal des &eacute;crits pour autant.<br />
	<br />
	On trouve cependant des r&eacute;f&eacute;rences directes au loup dans des ordonnances royales, &agrave; l&rsquo;instar de celle &eacute;mise par Charles VI en 1396.<br />
	<br />
	Au XII si&egrave;cle, le loup est consid&eacute;r&eacute; comme un animal terrible. Selon certains naturalistes de l&rsquo;&eacute;poque, sa morsure est r&eacute;put&eacute;e venimeuse, car &laquo; il se nourrit de crapauds &raquo; et l&rsquo;herbe ne repousse pas sous ses pas. Il est la b&ecirc;te nuisible.<br />
	<br />
	Au XIIIe si&egrave;cle, la seule pens&eacute;e du loup terrifie la population. Il est pourtant ridiculis&eacute; dans le Roman de Renart o&ugrave; sa naissance est en plus le fruit des mains d&rsquo;Eve. La vision du loup, dans cette oeuvre c&eacute;l&egrave;bre, est stupide et balourd &agrave; travers le personnage d&rsquo;Ysengrin abus&eacute; par le malin renard. On retrouve cette image dans bon nombre de contes populaires et traditionnels sur le loup.<br />
	<br />
	Pierre de Beauvais r&eacute;dige en cette &eacute;poque son Bestiaire et on y trouve une condamnation sans appel : &laquo; le loup repr&eacute;sente le diable, car celui-ci &eacute;prouve constamment de la haine pour l&rsquo;esp&egrave;ce humaine, et il r&ocirc;de autour des pens&eacute;es des fid&egrave;les afin de tromper leurs &acirc;mes&hellip;. Les yeux du loup brillent dans la nuit, ce sont les oeuvres du diable, qui paraissent belles et agr&eacute;ables aux hommes d&eacute;pourvus de raison, et &agrave; ceux qui sont aveugles des yeux de leur coeur&hellip;. &raquo;.<br />
	<br />
	&Agrave; une autre &eacute;poque, l&rsquo;auteur anonyme de Liberrus de natura animalium affirme, comme le veut la croyance populaire que si le loup ne peut tourner sa t&ecirc;te sans mouvoir tout son corps, c&rsquo;est parce que &laquo; le diable ne peut se tourner vers aucun bien &raquo;.<br />
	<br />
	Les textes m&eacute;di&eacute;vaux r&eacute;v&egrave;lent une fois encore le r&ocirc;le majeur qu&rsquo;a eu l&rsquo;Eglise sur la perception du loup. Canis lupus est une menace physique et morale. Et ce d&egrave;s le IVe si&egrave;cle o&ugrave; Saint Ambroise affirma que &laquo; le loup est le diable&hellip;. &raquo;, les hommes &eacute;tant les pauvres brebis et Dieu le berger.<br />
	<br />
	Au XIVe si&egrave;cle, le Livre de Chasse du comte de Foix rapporte de nombreuses lignes sur cet animal tant d&eacute;crit au niveau de ses moeurs que des moyens pour le chasser. Pour Gaston Ph&eacute;bus, il y a deux types de loups : &laquo; Il y en a qui chassent les cerfs, sangliers et chevreuils autant que des m&acirc;tins, et ils prennent des chiens autant qu&rsquo;ils peuvent. Il y en a qui mangent les enfants, &agrave; la chaire plus tendre, et parfois les hommes&hellip;., on les appelle loups-garous et l&rsquo;on doit s&rsquo;en garder &raquo;.<br />
	<br />
	Les registres des comptes, o&ugrave; sont consign&eacute;s, entre autres, toutes les captures de loups et des primes qui en d&eacute;coulent, sont une source pr&eacute;cieuse d&rsquo;informations. Les signes particuliers de la b&ecirc;te noire, son &acirc;ge, sa taille, sa sant&eacute;, ses actes et ses m&eacute;faits ou encore les conditions de sa capture , sont retranscrits dans ces textes. Les exemples sont nombreux, les rapports parlent souvent de &laquo; grand leu &raquo;, &laquo; gros loup &raquo;, &laquo; vieille louve &raquo;, &laquo; Courtaut &raquo; (sans queue), &laquo; mauvais loups &raquo;, &laquo; leuf malfaisant &raquo;, &laquo; malebeste &raquo;&hellip;.<br />
	<br />
	Il est important de noter que les tailles impressionnantes de certains b&ecirc;tes ne signifient pas forc&eacute;ment des attaques sur des humains. Dans ces derniers cas, cela permet-il de penser qu&rsquo;il s&rsquo;agissait alors de loups malades, affaiblis, affam&eacute;s, errants, dans une situation extr&ecirc;me ?<br />
	<br />
	Les mentions sur des loups enrag&eacute;s qui sont tu&eacute;s r&eacute;guli&egrave;rement ne sont pas sp&eacute;cialement accus&eacute;s d&rsquo;attaques sur l&rsquo;homme. Et les hommes mordus par un tel loup ne meurent pas de la rage. Estropi&eacute;s mais vivants, ils sont parfois b&eacute;n&eacute;ficiaires des aum&ocirc;nes des seigneurs. En 1378 en Bourgogne il est &eacute;crit : &laquo; &agrave; un povre homme qui avait le bras mang&eacute; des loups : XX sous &raquo;.<br />
	<br />
	Gaston Ph&eacute;bus donnent une r&eacute;ponse au loups mangeurs d&rsquo;hommes et d&rsquo;enfants : ils ont go&ucirc;t&eacute; aux cadavres des champs de bataille ou aux pendus des gibets. &laquo; Et la chair de l&rsquo;homme leur est si savoureuse et si plaisante qu&rsquo;apr&egrave;s qu&rsquo;ils s&rsquo;y sont acharn&eacute;s ils ne mangeraient plus d&rsquo;autres b&ecirc;tes, mais plut&ocirc;t se laisseraient mourir, car j&rsquo;en ai vu qui, laissant les brebis, prenaient et tuaient le pasteur &raquo;. On est tent&eacute; de s&rsquo;interroger sur les bien-fond&eacute;s de telles hypoth&egrave;ses&hellip;.<br />
	<br />
	Des loups ont bel et bien attaqu&eacute;s les hommes, parfois ils devaient &ecirc;tre particuli&egrave;rement f&eacute;roces, en pleine sant&eacute;, et n&rsquo;&eacute;taient pas faciles &agrave; tuer. Un chroniqueur de la ville de Metz : &laquo; le dit Pierrson avec un espieulx de braconnier&hellip;. Vient assaillir le dit loup, lequel, combien il fust bless&eacute; jusqu&rsquo;&agrave; la mort, se dressa sur ses pieds de derri&egrave;re, le cuydant prendre &agrave; la gorge comme il avoit accoustum&eacute;, avec une gueule bay&eacute;e&hellip;. &raquo;.<br />
	<br />
	Encore dans le Livre de Chasse du Comte de Foix, l&rsquo;auteur ne s&rsquo;encombre pas de d&eacute;crire l&rsquo;animal : &laquo; Le loup est assez commune b&ecirc;te, aussi n&#39;y a-t-il pas lieu de le d&eacute;crire, car il y a peu de gens qui n&#39;en aient vu...Ils ont une grande force, sp&eacute;cialement par devant, et une morsure mauvaise et forte, car parfois un loup tuera bien une vache ou une jument; et il a si grande force en la gueule qu&#39;il portera une ch&egrave;vre ou un mouton, une brebis ou un pourceau, sans toucher terre, et il courra si fort, portant la b&ecirc;te, que si des m&acirc;tins ou des cavaliers ne le poursuivent, les pasteurs et les pi&eacute;tons ne pourront l&#39;atteindre...Le loup est une b&ecirc;te merveilleusement habile et rus&eacute;e plus que nulle autre pour garder tout ses avantages. Il ne fuira jamais trop vite, sauf dans la mesure o&ugrave; il en aura besoin, car il veut toujours &ecirc;tre en sa force et en son haleine, puisqu&#39;il en a besoin tous les jours et que chaque homme qui le voit le hue et le poursuit&hellip;. &raquo;.<br />
	<br />
	Tout change avec le d&eacute;but de la Guerre de Cent Ans et l&rsquo;arriv&eacute;e de la peste. Au si&egrave;cle pr&eacute;c&eacute;dent, les r&eacute;gions &eacute;tant tr&egrave;s peupl&eacute;es, les champs cultiv&eacute;s omnipr&eacute;sents, les loups &eacute;taient cantonn&eacute;s aux for&ecirc;ts &eacute;loign&eacute;s. Mais dans le courant du XIVe si&egrave;cle, les campagnes se vident, les champs retournent en friches, les troupeaux et les p&acirc;turages sont paradoxalement plus nombreux ; Ce qui fait l&rsquo;affaire du leu, notamment pour la mise bas.<br />
	<br />
	Les routes et les bois ne sont plus s&ucirc;rs en raison des pillards et les hommes sont peu enclin &agrave; traquer la maleb&ecirc;te.<br />
	<br />
	Le loup est consid&eacute;r&eacute; comme le troisi&egrave;me fl&eacute;au de cette p&eacute;riode difficile. En 1369, Guillaume le Gros, prieur de La Blouti&egrave;re en Normandie &eacute;crit : &laquo; Je commence &agrave; &eacute;crire cette histoire alors que nous avons &agrave; la fois les guerres, les loups et la tierce mortalit&eacute; (peste) &raquo;.<br />
	<br />
	Les seigneurs se contentent d&rsquo;am&eacute;nager leurs garennes, anciens champs en chasses priv&eacute;es. Charles VI le d&eacute;plora dans une ordonnance de 1413 sur la chasse aux loups : &laquo; Plusieurs seigneurs depuis 40 ans ont fait et introduit de nouvelles garennes&hellip;. Et peuplent le pays voisin de bestes sauvages &raquo;. Cette m&ecirc;me ordonnance cabochienne d&eacute;clare plus loin : &laquo; Nous voullons et ordonnons que la somme accoustum&eacute;e estre pay&eacute;e &agrave; ceux qui prennent loups grands et petits, leur soit pay&eacute;e par nos thr&eacute;soriers et les receveurs de nostre domaine &raquo;.<br />
	<br />
	Ecrit entre 1405 et 1449, le &laquo; Journal d&rsquo;un bourgeois de Paris &raquo; constitue un t&eacute;moignage exceptionnel sur la pr&eacute;sence des loups dans la capitale et les campagnes environnantes. A six reprises, l&rsquo;auteur consigne les &eacute;v&eacute;nements concernant les m&eacute;faits et restitue l&rsquo;atmosph&egrave;re empreinte de peur individuelle ou collective.<br />
	<br />
	Au printemps 1421, les parisiens souffrent du froid et de la disette dans le contexte troubl&eacute; de la Guerre de Cent Ans et des conflits entre Armagnacs et Bourguignons. Aussi, au d&eacute;but de l&rsquo;&eacute;t&eacute;, &laquo; estoient les loups si affamez qu&rsquo;ils desterroient &agrave; leurs pattes les cors des gens qu&rsquo;on enterroit aux villaiges et aux champs ; car partout o&ugrave; on alloit, on trouvoit des mors et aux champs et aux villes, de la grande povret&eacute; qu&rsquo;ilz souffroient par la maldicte guerre qui toujours croissait de jour en jour de ma en pire, &raquo;. Cette situation s&rsquo;&eacute;ternise et juste avant la premi&egrave;re semaine d&rsquo;ao&ucirc;t 1421, les loups continuent de d&eacute;terrer les cadavres, ph&eacute;nom&egrave;ne fr&eacute;quent en p&eacute;riodes de guerre, de famine ou de peste : &laquo; En ce temps estoient les loups si affamez qu&rsquo;ils entroient de nuyt &egrave;s bonnes villes et faisoient moult de dyvers dommaiges et souvent passoient la rivi&egrave;re de Saine et plusieurs autres &agrave; neu ; et aux cymeti&egrave;res qui estoient aux champs, aussi tost que on avoit enterr&eacute; les corps, ils venoient par nuyt et les desterroient et les mangeoient ; et les gembes que on pendoit aux portes mang&egrave;rent ils en saillant, et les femmes et enfans en plusieurs lieux, &raquo;. Ainsi, les loups ne se content&egrave;rent-ils pas de d&eacute;terrer les cadavres mais ravissent aussi les jambons pendus, tout en attaquant l&rsquo;&ecirc;tre humain.<br />
	<br />
	A la fin de juillet 1423, ils s&rsquo;aventurent jusque dans la capitale. Certains sont tu&eacute;s et promen&eacute;s dans la ville tandis que les heureux chasseurs pratiquant la qu&ecirc;te du loup re&ccedil;oivent quelques argents des passants : &laquo; En ce temps, venoient &agrave; Paris les loups de toutes les nuyts, et prenoit-on III ou IIII &agrave; une foys, et estoient portez panduz par les piez de derri&egrave;re, et leur donnoit-on de l&rsquo;argent grant foison &raquo;.<br />
	<br />
	Dans la p&eacute;riode 1438-1439, sur la fin de la guerre franco-angloise, la f&eacute;rocit&eacute; des carnassiers s&rsquo;accentue et les attaques d&rsquo;&ecirc;tres humains se multiplient. A la fin de 1438, &laquo; venoient les loups dedans Paris par la rivi&egrave;re et prenoient les chiens, et si meng&egrave;rent ung enffant de nuyt en la place aux chatz derri&egrave;re les Innocents &raquo;.<br />
	<br />
	En 1439, des loups vraisemblablement enrag&eacute;s s&egrave;ment la d&eacute;solation. Lorsque le loup Courtaut (sans queue) est tu&eacute;, chacun oublie les frayeurs pass&eacute;es et se pr&eacute;cipite pour voir le monstrueux fauve abattu : &laquo; En celui tems, furent les loups si enrag&eacute;s de menger cher de homme, de femme et d&rsquo;enfens, que en la darraine sepmaine de septembre estrangl&egrave;rent et mang&egrave;rent XIII personnes, que grans que petiz, entre Montmartre et la porte sainct-Antoine, que dedans les vignes que dedans les mar&egrave;s ; et s&rsquo;ilz trouvoient ung tropeau de bestes,ilz assailloient le berger et laissoient les bestes &raquo; .<br />
	<br />
	&laquo; La vigille sainct-Martin fut tant chass&eacute; ung loup terrible et orrible que on disoit que lui tout seul avoit plus des douleurs devant dictes que tous les autres ; celui jour fut prins et n&rsquo;avoit point de queue et pour ce, fut nomm&eacute; Courtaut ; et parloit autant de lui, comme d&rsquo;un larron de bois ou d&rsquo;un cruel cappitaine ; et disoit-on aux gens qui alloient aux champs : &lsquo;Gardez-vous de Courtaut&rsquo;. Icelui jour fut mis en brouette, la gueule ouverte, et men&eacute; parmy Paris, et laissoient les gens toutes choses faire, fust boire, fust menger, ou autre chose necessaire que ce fut, pour aller veoir Courtaut, et pour vray, il leur fallu plus de X frans la cueillette &raquo;.<br />
	<br />
	La derni&egrave;re manifestation des fauves mentionn&eacute;e dans le journal se produit &agrave; la fin de l&rsquo;ann&eacute;e 1439 : &laquo; Le XVI&egrave; jour de d&eacute;cembre, vindrent les loups soubdainement et estrangl&egrave;rent IIII femmes mesnaig&egrave;res, et le vendredy ensuyvant ils en affol&egrave;rent XVII autour Paris, dont il en mouru les unze de leur morsure &raquo;.<br />
	<br />
	Autres &eacute;v&eacute;nements relatant la pr&eacute;sence du leu dans la capitale, d&rsquo;apr&egrave;s des documents pr&eacute;cis :<br />
	- Au d&eacute;but du XIVe si&egrave;cle, 5 &agrave; 6 loups &eacute;taient apport&eacute;s quotidiennement &agrave; Paris par les chasseurs.<br />
	- Port&eacute;e de six louveteaux d&eacute;couverte sur la colline de Chaillot, 1461<br />
	- Le b&eacute;tail achemin&eacute; vers Paris par les maquignons &eacute;tait suivi par les loups &agrave; l&rsquo;aff&ucirc;t d&rsquo;animaux &eacute;chapp&eacute;s.<br />
	- Un loup est tu&eacute; en 1461 aux abords de l&rsquo;abbaye de Saint-Germain-des-pr&eacute;s.<br />
	- Cadavres de chevaux mang&eacute;s par les loups. Ces chevaux morts dans Paris &eacute;taient tra&icirc;n&eacute;s hors des enceintes par mesure d&rsquo;hygi&egrave;ne.<br />
	- Guillaume Jacob tua son 21&egrave;me loup en six mois en 1461 .<br />
	- Retour de Jacques Chatault avec un leu (Il en tua 41 en six mois en 1461).<br />
	- Deux loups tu&eacute;s &agrave; Pantin en 1461.<br />
	- On tuait r&eacute;guli&egrave;rement des loups au pied du gibet de Montfaucon.<br />
	<br />
	Et ailleurs par les paysans qui pratiquaient la recherche de louveteaux, fort lucrative :<br />
	- Jehan Vaquelin, en 1454, laboureur des environs de Rouen d&eacute;clare &laquo; d&rsquo;avoir pris et d&eacute;nich&eacute; de dessous une vieille souche d&rsquo;un gros arbre en une haute et &eacute;paisse touffe de gen&ecirc;ts&hellip;.cinq loups et deux louves, petits jeunes de cette ann&eacute;e pr&eacute;sente &raquo;.<br />
	- Jehan Merle, autre laboureur, d&eacute;couvrit en juillet 1454 &laquo; dans un grand terrier d&rsquo;une demy aune d&rsquo;aval, d&rsquo;un grand et fort buisson de deux leuz et trois leupves jeunes de cette ann&eacute;e &raquo;.<br />
	- Le chasseur Rogier le Prevostel rapporte au vicomte, officier du Roi, la capture de louveteaux et re&ccedil;oit une importante prime : &laquo; &hellip;.la somme de quarante cinq solz tournois qui deubz lui estoient selon l&rsquo;ordonnance du Roy notre seigneur, pour sa paine, droit et sallers, d&rsquo;avoir prins et deterr&eacute; d&rsquo;un vieil et fort roncier&hellip;. Fait mourir a force de gens et chiens trois loups et trois leupves de ceste ann&eacute;e, jeunes de VIII jours ou environ&hellip;. &raquo;.<br />
	<br />
	De nombreux comptes-rendus de proc&egrave;s attestent des difficult&eacute;s que pr&eacute;sentaient le m&eacute;tier de berger. La population souhaitait voir le loup le moins possible par pure antipathie plus que par fatalisme. Les villageois engageaient un pasteur pour garder le troupeau et ne montraient aucune indulgence en cas de n&eacute;gligence de la part dudit berger. La perte de la moindre b&ecirc;te &eacute;tait toujours une catastrophe qui retombait sur le dos, ou plut&ocirc;t sur la bourse bien maigre, du berger.<br />
	<br />
	En 1452, Guienot Guillenot refusa la garde d&rsquo;une vache borgne sous pr&eacute;texte de son indocilit&eacute; qui la mettait en danger face au carnassier. Le propri&eacute;taire Phillipe Fouton, furieux, fit proc&egrave;s au vacher et la justice donna raison &agrave; ce dernier. Mais le plus souvent, les proc&egrave;s sont favorables aux propri&eacute;taires malgr&eacute; les efforts (et l&rsquo;innocence) des bergers. Ainsi, un porcher dut rembourser le propri&eacute;taire pour un gros cochon que le loup lui prit. En novembre 1475, la justice fait de nouveau preuve de cl&eacute;mence : le vacher Perrenet Sassot est acquitt&eacute; du remboursement d&rsquo;une vache morte suite &agrave; des blessures de loup. Le dit Sassot faisait tant d&rsquo;efforts pour prot&eacute;ger les b&ecirc;tes que la justice n&rsquo;y fut pas insensible. Sans nul doute, le propri&eacute;taire en con&ccedil;ut de l&rsquo;amertume.<br />
	<br />
	Dans les comptes, au registre des recettes, se trouvent fr&eacute;quemment des mentions du type : &laquo; Pour un cuir de boeuf mang&eacute; par les loups en la deffaute du pasteur : 5 sous &raquo; (extrait du registre d&rsquo;&eacute;levage de l&rsquo;Abbaye de Silly dans l&rsquo;Orne en 1451). &laquo; En la deffaute &raquo; signifie bien &laquo; par la faute du pasteur &raquo;. Ces notes sont r&eacute;v&eacute;latrices de l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;esprit des propri&eacute;taires, quels qu&rsquo;ils soient.<br />
	<br />
	Dans son contrat r&eacute;dig&eacute; &agrave; Bayeux en 1407 p ar un notaire, il est &eacute;crit : &laquo; Le dit Jehan Vincent sera tenu de garder et mettre &agrave; l&rsquo;abri des loups les b&ecirc;tes que Jehan Legrant mettra dans les pr&eacute;s &raquo;.<br />
	<br />
	Le loup &eacute;tait bien un danger pour les &eacute;leveurs de moutons du moyen &acirc;ge (il en fut de m&ecirc;me des menaces que repr&eacute;sentaient les soldats pillards pour les troupeaux). Pour les cochons en for&ecirc;t lors de la gland&eacute;e d&rsquo;automne, le fauve &eacute;tait aussi un danger.<br />
	<br />
	Avec la Guerre de Cent Ans, les loups deviennent plus nombreux et osent s&rsquo;attaquer aux troupeaux de moutons en plein champ. Leur territoire recouvre alors l&rsquo;ensemble des terres occup&eacute;es par les hommes, villes comprises.<br />
	<br />
	En suivant des registres d&rsquo;&eacute;levage de provinces &eacute;loign&eacute;es, il est possible de se faire une id&eacute;e de l&rsquo;impact du pr&eacute;dateur sur l&rsquo;&eacute;levage ovin.<br />
	<br />
	1335-1342 dans la Haute-Maine : sur 279 moutons (comptabilis&eacute;s et additionn&eacute;es), 39 morts par maladie, 3 victimes du loup.<br />
	1391-1408 en Champagne : sur 445 moutons, 153 morts de maladie, 5 victimes du loup.<br />
	1391 en Provence : sur 78 moutons, 2 morts par maladie, 2 victimes du loup.<br />
	<br />
	Pour simplifier grossi&egrave;rement : en un an, sur 100 moutons, 1 seul est mang&eacute;e par le loup. Si la menace de canis lupus sur les ovins est r&eacute;elle, elle reste toute relative.<br />
	<br />
	Pour conna&icirc;tre les moyens, consid&eacute;rables pou l&rsquo;&eacute;poque, mis en oeuvre pour veiller sur les troupeaux, il est int&eacute;ressant de se r&eacute;f&eacute;rer &agrave; l&rsquo;abbaye proven&ccedil;ale la Chartreuse de Montrieux qui, au XIIIe si&egrave;cle, emploit 25 bergers et 12 chiens pour 1200 moutons. Ailleurs, 900 b&ecirc;tes sont gard&eacute;s par 6 hommes et 6 chiens (de nos jours, un berger peut veiller sur plus de 1000 b&ecirc;tes aid&eacute; de chiens plus performants).<br />
	<br />
	Le salaire d&rsquo;un berger au moyen &acirc;ge n&rsquo;&eacute;tait certes pas &eacute;norme, voire presque rien, face au prix des moutons dont on r&eacute;cup&eacute;rait la laine.<br />
	<br />
	Ainsi, le berger, m&ecirc;me s&rsquo;il prot&eacute;geait son troupeau du fauve, ne le consid&eacute;rait certainement pas comme la plus grande menace de l&rsquo;environnement comme de la soci&eacute;t&eacute; m&eacute;di&eacute;vale. M&ecirc;me si elle le craint pour ce qu&rsquo;il est ou ce qu&rsquo;il fait, la population rurale, notamment les pasteurs, sait qu&rsquo;elle peut souvent le faire fuir d&rsquo;un simple claquement de sabots. Mais pas toujours comme en t&eacute;moignent les nombreux &eacute;crits cit&eacute;s plus hauts.<br />
	<br />
	Au XXe si&egrave;cle, malgr&eacute; les progr&egrave;s techniques, le berger est aujourd&rsquo;hui plus d&eacute;muni face au loup que son anc&ecirc;tre m&eacute;di&eacute;val.<br />
	<br />
	L&rsquo;image du loup ne s&rsquo;am&eacute;liore gu&egrave;re : &laquo; le loup aime la chair humaine, et peut &ecirc;tre s&rsquo;il &eacute;tait plus fort n&rsquo;en mangeraient-ils pas d&rsquo;autres &raquo;, disent les Chroniques.<br />
	<br />
	La faim et la guerre avaient pouss&eacute; les loups &agrave; s&rsquo;approcher des hommes. En ces temps de disette, les ruelles sombres jonch&eacute;es d&rsquo;immondices o&ugrave; s&rsquo;&eacute;battaient les cochons, volailles et brebis &eacute;taient un terrain de chasse inesp&eacute;r&eacute;. Dans les campagnes alentours, les troupeaux sont attrap&eacute;s. Les loups s&rsquo;approchaient des fermes afin de s&rsquo;y introduire dans les poulaillers et les &eacute;tables.<br />
	<br />
	Certains ont pens&eacute; que le go&ucirc;t du leu pour la chaire humaine serait n&eacute; des festins que les champs de bataille leur offraient.<br />
	<br />
	Sur ce sujet, &agrave; toute &eacute;poque, de nombreuses histoires ont abond&eacute; (particuli&egrave;rement pendant la Guerre de Cent Ans).<br />
	<br />
	En 1477, le corps de Charles le T&eacute;m&eacute;raire sera lui aussi d&eacute;vor&eacute; par les loups sur le champ de bataille.<br />
	<br />
	Le 8 octobre 1472, les officiers de la Chambre des Comptes envoie cette lettre &agrave; Louis XI : <br />
	&quot;Que depuis le moys de D&eacute;cembre dernier pass&eacute;, jusqu&rsquo;au premier jour de May en suivant et derrenier pass&eacute;, les loups et louves ont estrangl&eacute;s et mengi&eacute; &agrave; l&rsquo;entour de la ville de Meluns et ses environs, &agrave; moins de six lieues, tant en Brys comme en Gastinoys, XVIIII personnes, tant enffans que autres, et avec, ce ont navr&eacute; ey inconvenient&eacute; plusieurs autres dont les aucuns en sont morts&quot;.<br />
	<br />
	Enfin, pour compl&eacute;ter la fr&eacute;quente pr&eacute;sence du leu dans la litt&eacute;rature, autre que celle relatant ces actes :<br />
	- Ha ! Loup, sale b&ecirc;te ha&iuml;e,<br />
	Tu viens de faire une bien redoutable attaque<br />
	De cet innocent que tu as tu&eacute;.<br />
	(Chr&eacute;tien de Troyes, XIIe si&egrave;cle)<br />
	<br />
	- En ce temps que j&rsquo;ay dit devant<br />
	Sur le No&euml;l, morte saison,<br />
	Que les loups se vivent de vent<br />
	Et qu&rsquo;on se tient en sa maison<br />
	Pour le frimas, pr&egrave;s du tison ...<br />
	(Fran&ccedil;ois Villon, Le petit testament, XVe si&egrave;cle)<br />
	<br />
	- &laquo; La femme ne peut se donner toute enti&egrave;re, selon la premi&egrave;re nature du loup ; selon la seconde, s&rsquo;il lui arrive d&rsquo;aimer un homme &eacute;loign&eacute; d&rsquo;elle, son amour est extr&ecirc;me, et s&rsquo;il est pr&ecirc;t d&rsquo;elle, elle n&rsquo;aura pas l&rsquo;air de prendre garde de lui &raquo;. <br />
	(Richard de Fournival, Bestiaire d&rsquo;Amour, XIIIe si&egrave;cle)<br />
	<br />
	- Le Roman de Renart, du XIIe si&egrave;cle, conte la guerre qui opposa Renart le goupil au loup Ysengrin.<br />
	Celui-ci n&rsquo;est pas tr&egrave;s malin, et quand Renart le doucereux lui propose une nouvelle m&eacute;thode de p&ecirc;che, il s&rsquo;installe sur l&rsquo;&eacute;tang gel&eacute;, attache &agrave; sa queue un seau qu&rsquo;il laisse plonger dans un trou fait parles paysans. Le goupil lui dit d&rsquo;attendre, d&rsquo;attendre, et le loup affam&eacute; lui ob&eacute;it. Tant et si bien que l&rsquo;eau se fige, Ysengrin, la queue glac&eacute;e, est pris. Et voici les veneurs qui arrivent.<br />
	<br />
	- Livre du Roy Modius et de la Reine Ratio (trait&eacute; de chasse).<br />
	<br />
	- Les Dits du Bon Chien Souillard (trait&eacute; de chasse).<br />
	<br />
	&nbsp;</p>]]></description>
<link>http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/11138,le-loup-dans-les-textes-et-dans-les-faits.html</link>
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</item><item><title>Le loup dans la France médiévale</title>
<pubDate>Mon, 01 Mar 2010 20:22:00 +0100</pubDate>
<description><![CDATA[<p style="text-align: justify">
	<br />
	La forte pr&eacute;sence de canis lupus tout au long du moyen &acirc;ge a grandement influenc&eacute; les noms des lieux et la toponymie. Leur richesse et leur vaste r&eacute;partition g&eacute;ographique souligne la place tenue dans la vie quotidienne et les mentalit&eacute;s populaires.<br />
	<br />
	Symbole d&rsquo;une nature sauvage &agrave; laquelle s&rsquo;oppose l&rsquo;&eacute;mergence des villes civilis&eacute;es, le leu se rencontre aussi bien dans les bois, les landes et les for&ecirc;ts que dans les champs de bataille et les cit&eacute;s, aid&eacute;s par les guerres et les &eacute;pid&eacute;mies.<br />
	<br />
	Mais le loup est aussi un animal intelligent et patient. Il est capable d&rsquo;attendre des heures avant de s&rsquo;attaquer &agrave; sa proie (il rep&egrave;re en fait le plus faible et le moment le plus opportun). Le berger distrait se fait voler ses brebis, le fermier ses volailles. Bien vite naissent bon nombres de l&eacute;gendes racont&eacute;es &agrave; la veill&eacute;e, la nuit tomb&eacute;e. Le loup est d&rsquo;ailleurs rendu responsable des disparitions et des agressions.<br />
	<br />
	Le loup au moyen &acirc;ge est l&rsquo;arch&eacute;type de la b&ecirc;te malfaisante, s&rsquo;attaquant aux animaux et aux hommes. Il fait partie int&eacute;grale et constante de l&rsquo;environnement de l&rsquo;homme m&eacute;di&eacute;val. Si on le chasse, c&rsquo;est avant tout pour le d&eacute;truire. Des primes r&eacute;compensent des officiers sp&eacute;cialis&eacute;s ou de simples paysans. La lutte contre ce fl&eacute;au est en effet une affaire d&rsquo;&eacute;tat et le tr&eacute;sor royal est largement mis &agrave; contribution. Le pouvoir s&rsquo;efforce &agrave; trouver les meilleurs moyens pour inciter le peuple &agrave; d&eacute;truire les loups ; cependant la destruction est aussi organis&eacute;e, &eacute;tatique.<br />
	<br />
	Les grands d&eacute;frichements d&rsquo;apr&egrave;s l&rsquo;an mil contraignent les meutes &agrave; se rapprocher des humains donc des animaux domestiques. Les premi&egrave;res attaques sur les troupeaux sont alors constat&eacute;es. Lorsque la faim est trop forte, les loups rentrent dans les villages et profitent de l&rsquo;imprudence de la population. Tr&egrave;s logiquement, le loup se voit affubl&eacute;e de son image d&rsquo;animal diabolique et d&eacute;voreur d&rsquo;enfants. Cette image sera d&rsquo;autant plus vraie pendant la Guerre des Cent Ans, cette p&eacute;riode o&ugrave; les conflits, les maladies et les famines vont transformer le paysage du royaume et ainsi profiter au d&eacute;veloppement des loups. Ils go&ucirc;teront aux corps des champs de bataille et viendront m&ecirc;me dans les villes.<br />
	<br />
	Par sa f&eacute;rocit&eacute; et par les d&eacute;g&acirc;ts qu&rsquo;il occasionne sur le b&eacute;tail ou sur les hommes eux-m&ecirc;mes, le loup devient la b&ecirc;te fauve dont les hauts faits se trouvent magnifi&eacute;s et multipli&eacute;s. L&rsquo;importance du loup au moyen &acirc;ge est surtout fauss&eacute;e par les exag&eacute;rations des hommes de l&rsquo;&eacute;poque et la manipulation de son image par les autorit&eacute;s la&iuml;ques et eccl&eacute;siastiques.<br />
	<br />
	Cependant, il convient de relativiser l&rsquo;extr&ecirc;me peur du loup car, bien que r&eacute;elle, elle semble toutefois se d&eacute;velopper surtout apr&egrave;s le Moyen Age.<br />
	&nbsp;</p>]]></description>
<link>http://beaujarret.fiftiz.fr/blog/11135,le-loup-dans-la-france-medievale.html</link>
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</item></channel>
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