La mine d'or de Beaujarret

     
 
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Depuis plusieurs années, je surfe sur le Net et j'ai pris l'habitude de recueillir les articles qui m'ont intéressé. Autant que possible, je les ai sourcés mais quelques-uns peuvent, par omission, ne pas l'être, veuillez m'excuser. J'ai placé ces articles dans des catégories dont le nom peut quelquefois être ambigü.

J'ai fait ce travail pour que les curieux comme moi partagent mes passions. N'hésitez pas à me laisser un commentaire si vous estimez qu'un article ou une photo n'a rien à faire dans ce blog, si vous pouvez m'indiquer son auteur ou si un complément d'information serait judicieux.

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Vendredi 28 Mars 2008

L'horloger, orfèvre du temps

 

Ce n'est que depuis le XIVe siècle que le mot a pris sa place dans la langue française. Le métier, lui, est connu depuis l'Antiquité romaine.

Au IIIe millénaire avant J.-C., il semble que le premier à avoir mesuré l'heure soit l'empereur chinois Hoang-Ti. Et ce, à l'aide d'une horloge à eau. Les Egyptiens connaissaient aussi cette dernière, ainsi que les Grecs, puis les Romains. Aucun ne nous a toutefois laissé le nom d'un seul de ses créateurs. Il semble également que les Gaulois l'utilisent avant même que les Romains n'entrent en Gaule. Du moins Jules César s'étonne-t-il de la rencontrer dans ces terres barbares.

Le premier horloger de métier vraiment nommé est le automatarius clepsydrarius romain, le fabricant d'horloges à eau, la clepsydre, désignant le récipient inférieur de cette horloge. Quant au terme horloge, qui apparaît en français au cours du XIIe siècle, il est issu du grec, hôrologion signifiant « ce qui dit l'heure ». Il désigne à l'origine aussi bien les horloges à eau, à noria ou à bougies que les cadrans solaires avant de se restreindre exclusivement à l'instrument mécanique. L'horlogeur et l'horloger apparaissent dans la langue au cours du XIVe siècle.

Horloge à eau, la clepsydre n'en est pas moins un instrument très précis, d'une grande complexité qui, non contente de réguler les différentes divisions du jour et de la nuit, peut également marquer la date, comme la course du soleil et des astres ou les heures des marées. Du moins pour les plus perfectionnées d'entre elles, et ce, dès le Moyen Age en Occident.

On connaît par les écrits, celle que le calife Haroun al-Rachid offrit en 807 à Charlemagne, « horloge en laiton, admirablement composée par l'art mécanique », agrémentée d'automates. Ou celle, beaucoup plus ancienne, réalisée pour Gondebaud de Bourgogne au Ve siècle. Elle aussi marquait le cours des astres.

Des horloges à eau, simples, règlent la vie monacale tout au long du Moyen Age sans souci de marquer des heures égales, découpant le jour et la nuit en phases inégales en fonction des saisons et de la longueur du jour. Elles rythment le quotidien des moines appelés à la prière par le préposé à la sonnerie et à la surveillance du bon fonctionnement de la clepsydre - avant que ne soit généralisée une sonnerie automatique liée au jeu de l'eau. D'après certains récits, il semble bien qu'à Byzance, les horloges à eau de prestige aient sonné les heures.

L'invention de l'horloge mécanique est généralement attribuée au pape Sylvestre II (938-1003), grand savant de son temps, expert en logique, en grammaire, en rhétorique, en dialectique, en algèbre, en géométrie, en astronomie et en musique. On parle également d'un certain Pacifius, archidiacre de Vérone qui vécut au début du IXe siècle. Mais rien ne nous renseigne sur le découvreur de l'innovation technique primordiale qu'est l'échappement. Il est vraisemblablement le résultat d'une évolution des sonneries existant dans les monastères et, à ce titre, mis au point dans l'un d'entre eux. A contrario , certains chercheurs y voient une invention chinoise ancienne peut-être arrivée en Europe occidentale par l'entremise des Arabes.

Le premier grand horloger européen recensé est un sacristain rhénan du début du XIIIe siècle, Hermann Josef. En France, on relève un Jehan « ologier » en 1292 à Paris. Mais d'après les registres d'impôts ou actes des tribunaux, les fabricants d'horloges sont souvent désignés comme des forgerons, des orfèvres, voire des armuriers. Ce qui n'empêche pas le métier de se développer. On connaît un orologium regis oeuvrant pour la cour de France dès la fin du XIIIe siècle et, par la suite, un « varlet de chambre et ollogeur au Louvre », notamment Girard de Juvigny dans la toute première moitié du XIVe siècle. A Avignon, le pape entretient un magister horologiorum papae .

Ces premiers horlogers sont souvent des astronomes dont les théories mathématiques ne demandent qu'à se matérialiser dans des horloges astronomiques aussi complexes que grandioses. C'est le cas de l'horloge de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg édifiée en 1354, remplacée en 1574 par celle que nous connaissons, oeuvre des mathématiciens Conrad Dasypodius et David Wolkenstein et des horlogers Isaac et Josias Habrecht. Comme à l'origine, cette horloge indique l'heure solaire et l'heure légale, définit la date de Pâques, les éclipses de la Lune et du Soleil... Et ce, à perpétuité.

C'est sur les tours des églises urbaines les plus importantes qu'apparaissent au grand jour, au cours du XIIIe siècle, les toutes premières horloges mécaniques. Elles sont loin d'être fiables et justes mais rythment les différentes phases de la journée et notamment les horaires des oraisons et des offices. La première horloge publique de Paris est élevée en 1370. Il s'agit de l'horloge du Palais commandée par Charles V à Henri de Vic. Elle existe toujours à l'angle du quai de l'Horloge et du boulevard du Palais, refaite sous Henri III, ornementée par Germain Pilon puis restaurée plusieurs fois. Elle ne fonctionne plus mais demeure un chef-d'oeuvre de technique et d'ornementation.

En 1276, les Livres du savoir astronomique sont l'une des compilations scientifiques les plus remarquables du temps. Commandée par Alphonse X le Sage - roi de Castille et de León, empereur germanique, astronome, on lui doit les fameuses Tables alphonsines -, cette somme présente dans cinq de ses livres des horloges astronomiques, des horloges à eau, à bougies, et même à mercure : un vaste résumé du savoir en ce domaine, essentiellement du savoir arabe.

Vers la fin du XVe siècle, l'horloge se miniaturise. Elle peut désormais se poser sur une table sous forme de petit tambourin de laiton ou de bronze renfermant le mécanisme. Vers 1500, un anneau permet de la porter en sautoir : la montre est née. Son cadran est généralement orné d'une rose des vents et d'un Soleil flamboyant. Il est impératif de la remonter deux fois par jour à l'aide d'une clef, car cette miniaturisation est le résultat d'une innovation technique : le ressort. Celui-ci est mentionné pour la première fois au début du XVe siècle, couplé à un « escargot », petit cône permettant une rotation uniforme par l'entremise d'une chaînette fixée au ressort. Au milieu du XVIe siècle, sept ologiers ou relogeurs parisiens, appartenant à la corporation des fèves (les forgerons), adressent une requête à François Ier afin qu'il leur confère des statuts régissant leur métier. C'est chose faite en 1544.

Saint Eloi, déjà protecteur des forgerons, est adopté comme patron. Le métier, très codifié, ainsi qu'il est de règle pour l'ensemble des corporations, interdit à quiconque n'est pas reçu maître la fabrication et la vente d'« orloges, réveille-matin, montres grosses ou menues, ni autres ouvrages dudit métier d'orlogeur, dedans la ville, cité ni banlieue dudit Paris ». Les grands de ce monde, papes, rois, princes, banquiers sont rapidement friands de ces nouvelles machines et, par leurs exigences toujours plus grandes, stimulent la profession. En Italie, les Médicis notamment accumulent ces précieux instruments, faisant appel aux plus exceptionnels concepteurs de leur temps.

Ce sont des productions de luxe uniquement accessibles aux plus riches et aux plus puissants. Elles ont une énorme valeur symbolique, surtout lorsqu'il s'agit d'horloges publiques. Ainsi, quand le duc de Bourgogne, Philippe II le Hardi, bat les Flamands de Gand à la bataille de Rosebeck, il fait démonter l'horloge du beffroi de Courtrai où ils s'étaient réfugiés. Et la fait réinstaller à Dijon sa capitale, sur l'église Notre-Dame. Le développement de l'horloge mécanique dans les classes les plus aisées ne sonne cependant pas le glas de la clepsydre qui survivra jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.

La conception du sablier, comme celle de l'horloge mécanique, date de la première moitié du XIVe siècle. Elle n'est donc pas aussi ancienne qu'on a tendance à le croire. Et si le sablier s'est développé et a perduré à côté d'elle, c'est qu'il a longtemps été indispensable à bord des navires, notamment pour calculer leur vitesse. Mais surtout pour déterminer avec précision les roulements du service à bord, les fameux « quarts » dus par l'équipage. Il ne s'agissait pas de quarts d'heure mais de la fraction de temps correspondant au quart d'une journée, c'est-à-dire de six heures. Quoique ne marquant pas l'heure juste mais le fractionnement des vingt-quatre heures de la révolution du Soleil autour de la Terre, ces « verres à heures » - c'est ainsi qu'on les nommait - ont été des instruments clés des grandes découvertes.

L'expansion de l'horloge mécanique est également due à l'essor du commerce. C'était en effet une nécessité pour les corporations de marchands, dès le XIVe siècle, de fixer les horaires d'ouverture et de fermeture de leurs échoppes et de les réguler en dehors de toute mesure religieuse du temps.

Mécanique de précision, l'horloge, exige depuis l'origine de très nombreux outils, dont certains bien spécialisés. L'horloger assis sur un tabouret et éclairé par une lampe travaille sur un établi en bois généralement recouvert d'un papier ou d'un tissu de couleur verte afin de ne pas fatiguer ses yeux mis à rude épreuve. Il a besoin d'un étau aux minuscules mâchoires ; d'une petite enclume ; de potences à river, à chasser les pierres ; d'un tour ; d'une estrapade ; de pinces et de tenailles ; de pierres à aiguiser ; d'un diamant à couper le verre ; de nombreuses clefs, dont une à désarmer les ressorts ; de loupes, perceuses, forets, fraises, burins, filières, brucelles, brunissoirs, limes... de taille très réduite. Ne dit-on pas à juste titre qu'un horloger a besoin de mille outils ?

Avec les avancées technologiques qui mettent désormais la montre et l'horloge à la portée de toutes les bourses, l'apparition des écrans à cristaux liquides, la fin des multiples rouages et des ressorts, la disparition programmée du battement du balancier, on pouvait penser que tout allait forcément changer. Mais si les horloges ne se remontent plus, les aiguilles tournent toujours au sommet de nos édifices civils ou religieux, et à nos poignets. Seul le tic-tac hypnotique de nos montres et de nos réveils a disparu pour toujours.

Janine Trotereau Source : historia mensuel

 
     

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