La mine d'or de Beaujarret

     
 
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Depuis plusieurs années, je surfe sur le Net et j'ai pris l'habitude de recueillir les articles qui m'ont intéressé. Autant que possible, je les ai sourcés mais quelques-uns peuvent, par omission, ne pas l'être, veuillez m'excuser. J'ai placé ces articles dans des catégories dont le nom peut quelquefois être ambigü.

J'ai fait ce travail pour que les curieux comme moi partagent mes passions. N'hésitez pas à me laisser un commentaire si vous estimez qu'un article ou une photo n'a rien à faire dans ce blog, si vous pouvez m'indiquer son auteur ou si un complément d'information serait judicieux.

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Mardi 2 Mars 2010

Le folklore du loup.

Dans la mentalité médiévale et la culture populaire, le loup jouit d’une place privilégiée. Ce fauve sauvage véhicule, catalyse et porte en lui les craintes et les fantasmes. La peur du loup n’est pas un vain mot, notamment parce qu’il symbolise le Bien et le Mal. L’Eglise s’efforce de rapprocher la malebête du diable en personne alors que les paysans transmettent mille histoires à son sujet, des plus terrifiantes aux plus étranges, voire simplement cocasses. Canis lupus, plus que nul autre animal sauvage, est forment ancré dans la mémoire collective.

Considéré comme un fauve à part, redouté, maudit et mystérieux, le loup joue un rôle important dans la vie des paysans et des villageois : dans la réalité quotidienne où il fait affronter ses méfaits, mais aussi dans l’imaginaire populaire où il tient une place omniprésente.

Tour à tour perçu comme un bête cruelle, méchante, génératrice de plaies et de malheurs, le loup peut l’être aussi comme un animal stupide, poltron et facile à circonvenir.

Croyances relatives au loup.

Selon les provinces, les ruraux affublent le loup de vocables différents.

À ce propos, il n’est pas toujours possible de savoir quand une détermination est réellement apparu ; le leu étant le mot le plus usité pour décrire l’ensemble de l’espèce.

En employant un surnom ou une périphrase, on empêche l’animal de surgir et de faire du mal. Certains pêcheurs, ou paysans., évitent de prononcer son nom car cela provoquerait ses méfaits.

Les légendes de création dualiste expliquent l’origine des animaux sauvages et domestiques (ferus et mansuetus) ; certains sont la réplique du diable à l’oeuvre divine. Dans certains pays, il est dit que lorsque Dieu fit le chien, le Diable riposta par le loup. Ailleurs le fauve apparaît comme la réponse diabolique à la création du mouton, conception divine par excellence. Ainsi s’établit une concurrence entre le Bien et le Mal, thème que développera jusqu’à l’exacerbation l’église médiévale.

Sur cette même base, s’est transmis l’idée que le leu ne peut regarder derrière lui qu’en se retournant complètement car sa tête ne peut se retourner seule. Beaucoup de régions livrent ainsi une explication légéndaire à telle ou telle caractéristique ou prétendue anomalie physique du loup.

Les préjugés sont d’ailleurs très nombreux et sont souvent liés aux chiffres.

De la rencontre avec un leu naissent de multiples présages et pratiques coutumières pour se préserver de l’animal.

Le fauve peut alors être signe de bonheur, de chance, de fortune ou de réussite dans les affaires. Mais la bête peut aussi apparaître comme messager, notamment de malheurs. Témoin ce récit dans lequel un carnassier, fourvoyé dans une église d’Orléans en 988, prédit des catastrophes : « Une nuit que les gardiens de l’église de l’évëché s’étaient levés comme à l’ordinaire pour ouvrir les portes aux fidèles qui venaient en foule chanter laudes et matines, un loup se jetant devant eux, entra brusquement dans l’église, saisit la corde suspendue à la cloche et, l’agitant avec force, se mit à sonner le toscin. Les assistants interdits par cette apparition, poussèrent de grands cris et quoiqu’ils n’eussent point d’armes, ils parvinrent cependant à chasser l’animal. L’année suivante, toutes les maison et les églises du même Orléans furent la proie des flammes et personne ne douta que la malheur n’ait été annoncé par le toscin du loup ».

Depuis le Moyen Age, le loup passe pour avoir un pouvoir de fascination. Pour préserver son troupeau, la bergère doit voir le loup en première, c'est-à-dire avant que la bête ne la voit elle-même. Charmé, le fauve devient alors inoffensif. Mais s’il la suprend, épouvantée, elle ne peut émettre aucun son. La frayeur causé par la surprise d’une rencontre avec le prédateur – lorsque celui-ci pose son regard en premier – génère un spasme glottique accompagné d’aphonie. De nombreux témoignages illustrent cette particularité engendrée par le pouvoir du leu.

Enfin, pour conjurer ce vilain sort dont le loup est censé être l’instigateur (l’aphonie peut durer plus d’une semaine), il exista plusieurs procédés (se décoiffer et courir face au loup, faire une offrande à Saint Loup….).

Procédés magiques et empiriques.

Face au danger représenté par cet animal sauvage, le monde rural dispose d’innombrables moyens de défense : des procédés traditionnels empiriques, souvent magiques, fondés sur l’observation et la connaissance des moeurs du loup et des procédés matériels mettant à contribution objets et outils du quotidien.

Parmi les plus anciens, les prières aux formules précises et diverses incantations ont, soi-disant, le pouvoir d’éloigner le prédateur, de l’empêcher de commettre ses exactions, et plus concrètement de préserver les hommes et les troupeaux. Le célèbre Patenôtre du Loup en est un parfait exemple.

« Au nom du Père, du Fils, du Saint Esprit, loups et louves je vous conjure et charme, je vous conjure au nom de la très sainte et sursainte, comme Notre Dame fut enceinte, que vous n’ayez à prendre, ni écarter aucune des bêtes de mon troupeau, soit aigneaux, soit brebis, soit moutons…. ni leur faire aucun mal ».
(patenôtre du loup de 1741 certes, mais assez fidèle aux prières médiévales).

Les variantes régionales de cette prière, comme des autres procédés, sont presque infinies.

« Louve, louve ou louvinet, je te conjure de la part du grand Dieu vivant ; tu n’auras pas de pouvoir sur moi ni sur les bêtes qui sont à ma charge, pas plus que le grand Diable n’en a sur le prêtre à l’autel, quand il célèbre la messe : Que le bon Saint Georges te ferme la gorge, Que le bon Saint Jean te casse les dents »
(Ardennes).

« Pater du loup, ventre vidé, ventre saoul, sauf chez moi, va-t’en partout » (Gascogne).

Il pouvait arriver à la bergère de réciter un Pater à l’envers quand elle voit venir le loup.

Certains bergers faisant de plus ouvertement profession de sortilèges et de magie (sous le regard sévère de l’église) afin de louer leurs services en tant que gardien de bétail. Ils préservaient les bêtes du prédateur en usant de charmes et de cercles.

Effectuées à des jours précis, certaines coutumes étaient sensées protéger les bêtes de la dent meurtrière du loup. Les cérémonies presque rituelles variaient d’une pays à l’autre : « faire faire carnaval au loup » en lui partageant des reliefs de repas à Mardi Gras, jeter une omoplate de mouton par-dessus le toit de la bergerie en prononçant une formule afin de préserver le troupeau pour l’année, préparer une palette de porc dont les restes mangés à Pâques ou à Mardi Gras étaient jetés du toit jusqu’au lointain, etc…. Un de ces procédés ritualisés le plus connu est certainement le fameux Gateau du Loup à la forme traditionnellement triangulaire.

À noter également, l’existence de la Tuile à Loup qui, par son ouverture dans la toiture, permettait de faire siffler un son que les paysans espéraient répulsif lors des soirées ventées. L’orifice permettait, à défaut, de voir la bête venir.

Les pratiques occultes visant à la protection du bétail, les coutumes pastorales accompagnées d’incantations, les prières adressées aux saints se développent tout au long du moyen âge. Les préparations magiques et les petits objets liés à la superstition ( produits à partir d’une « pièce » de l’animal ou d’un instrument de la vie quotidienne dont la vocation était à l’origine totalement différente) suivent une même évolution créatrice.

Exemple de la supersition collective : la bergère cache le nombre précis de ses moutons car dévoiler le chiffre exact les exposerait à le voir prochainement réduit par le fait du loup. Les bergères recouvrent très souvent à des saints protecteurs du bétail : Sainte Geneviève, Saint Blaise, Saint Gilles et surtout Saint Loup (de par son son nom qui met le met en lien avec son homonyme sauvage).

Pélerinages et offrandes restent des pratiques habituelles dans la monde pastoral. Des sites affiliés à certains saints permettent de ne plus craindre le loup après y avoir été en pèlerinage. Par exemple, sainte Agathe empêche les hommes et les bêtes qui ont été en pélérinage d’avoir peur du loup. Saint Hervé protége du carnassier ceux qui ont lui fait offrande (de beurre), ce saint aveugle avait lui-même été guidé par un loup.

Ces croyances mêlent la religion populaire à des pratiques issues du paganisme ancien. En s’imposant, l’église a transformé certains rites et les a orienté vers la vénération d’un saint et la possession d’objets de culte. Parallèlement à ces procédés secrets empris ou non de croyances religieuses, il existait au moyen âge de nombreux moyens matériels de protection et de préservation. Des pratiques simples, souvent collectives, mettent à contribution divers instruments et objets courants. Ces moyens de défense primaire visaient surtout à faie fuir la bête.

Le cri « Harloup ! » ou « Au loup ! » retentissait dès que la bête était vu (en premier bien sûr), chacun sort alors de chez soi avec fouches et bâtons pour courir sus à l’animal. Dans les pâturages, les berges communiquent grâce à des cris et des cornes qui leur permettent de signaler la présence probable d’un leu.

Les objets les plus communs n’ont qu’un seul but : mettre la malebête en fuite. Quand un loup apparaît, le berger quittait ses sabots et les frappait très fort l’un contre l’autre. Le bruit effrayait le fauve. Dans d’autres cas, un simple jet de pierres suffisait. Des petits instruments en bois vrombissant ou cliquetant pouvaient aussi être usités (plus tard appelé rhombe ou remette). Des colliers à loups protègent efficacement les chiens de garde. Partout, les paysans constatent que la bête noire a peur de la lumière : le feu était donc largement employé pour éloigner l’animal. La fameuse lanterne à loup était connue pour son efficacité accrue en raison de petits trous et des découpes qui donnaient des lueurs scintillantes.

Enfin, privés d’armes en général, les ruraux se défendaient avec des fouches à loups (à deux piques espacée d’une gorge de loup, voire d’une dent centrale supplémentaire).

Un indice de la forte présence du loup dans les mentalités se relève également dans l’abondance d’objets de la vie quotidienne qui ont emprunté leur nom à l’animal, ou à une de ses parties anatomiques, bien que leur emploi n’ait strictement rien à voir avec le fauve pour s’en protéger ou pour l’abattre.

Il en est de même pour certaines espèces animales ou végétales. Par exemple dans ce dictionnaire lupin :
queue de loup, tête de loup (brosse) dent de loup (clou), louve (outil de fer), étapier du loup (bourreau)….
Loup de rivière (loutre), loup de mer, l’herbe aux loups, la vesse-de-loup, la gueule-de-loup, le lupin….

 

 
     

     
 
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